LA DAME
Prends mon long chapelet, où pend mon reliquaire , Baise soir et matin ces reliques des saints ; Tai tant prié pour toi sur ce pauvre rosaire Que mes doigts fatigués en ont usé les grains. Quand, voyageant le soir sur la terre lointaine, L'Angélus sonnera dans la tour du beiïroi , Pour que ton âme au ciel se rencontre avec moi , En mémoire d'Yseult tu diras ta dizaine.
Or le page , frappant aux portes de la tour. Disait à demi-voix : Roger, voici le jour!
Tristan allait poursuivre, un cri soudain l'arrête. Hermine sur son luth vient de pencher la tête. Son visage a changé, sa défaillante main N'a pu même achever le funèbre refrain. Elle tombe mourante au sein de sa nourrice Comme un lis dont le ver a piqué le calice. On l'apporte en sa tour, sans voix et sans couleur. Tristan rejette au loin sa harpe avec douleur, Et la foulant aux pieds sur le pavé de dalle. Disperse avec dédain ses débris dans la salle. « Toi qui chantas pour elle une dernière fois. Tu ne mêleras plus tes sons à d'autres voix ! » Dit-il. Et s'éloignant de la foule étonnée. Il va sur le donjon plaindre sa destinée.
Cependant l'air du ciel et des soins caressants
D'Hermine évanouie ont ranimé les sens,
Et la foule, d'ivresse et de joie éperdue,
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 repris à l'instant la fête su^ndue.
De la chambre élevée où ruissellent ses pleurs,
Hermine entend monter leurs joyeuses clameurs ;
Sur le bord du fauteuil où sa tendresse veille.
Sa nourrice se penche et lui parle à Toreille :
c Pourquoi cacher ces pleurs, belle enfant? C'est en vain !
Ha main les sent couler; versez-les dans mon sein,
Ce sein qui vous reçut, ce sein qui vous adore l
Le mal dont vous mourez, faut-il que je Tignore?
— Tu demandes le mal dont je me sens mourir, Lui répond son Hermine, et Tristan va partir ! Que dis-je? à cet instant il est parti peut-être. Nourrice! oh! par pitié, regarde à la fenêtre! Les ponts sont-ils baissés? Ne vois-tu rien là-bas? De son destrier blanc reconnais-tu les pas?
— Je n'entends que l'écho de la salle sonore.
— Ah! si du moins mes yeux pouvaient le voir encore! Si mon cœur pouvait dire avant de se briser
De ces mots que le temps ne pût jamais user,
Peut-être ma douleur, de mon sein exhalée.
Me déchirerait moins si je l'avais parlée.
Si ses derniers accents retenus dans mon cœur
S*y gravaient à jamais comme un sceau de douleur.
Peut-être je vivrais pour espérer encore !
Écoute un dernier vœu d'Hermine, qui t'implore!
Descends parmi la foule, ô nourrice! et dis-lui.
Dis-lui, s'il en est temps, qu'avant que l'ombre ait fui.
Avant que du festin mon père ne se lève,
A l'angle du préau qui domine la grève
Il te suive et m'attende au bord profond des eaux ,
Avant que ce croissant dépasse les créneaux.
Va, cours; c'est un poignard que toute heure perdue.
S'il est parti, je meurs, et c'est toi qui me tue! »
La nourrice, à ces mots, une lampe à la main.
Descend, cherche partout Tristan sur son chemin,
Le découvre à la fin, seul , assis sous la voûte ,
Ne dit qu'un mot : a Hermine! » et lui montrant la route,
Le conduit en silence à l'angle du préau.
C'était un promontoire au-devant du château ;
Une tour dont les pieds étaient baignés par Tonde
Portait à son sommet une terrasse ronde
Dont aucun parapet ne bordait le contour.
Les pas osaient à peine en approcher le jour;