‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 33 sur 269 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

lK)n, mais il n\'tait nullement tendre. Élevé dans la rude et slricle école de la vie militaire, il ne concevait que l'éducation commune. Il voulait que Thomme fût formé par le contact des hommes; il craignait que celte tendresse de mi*re interposée toujours entre l'enfant et les réalités de la y'ie n'énervAt trop la virilité du caractère. De plus, il était fort instruit, savant même et écrivain. Il voyait bien que je n*apprendrais jamais rien dans la maison de mon père qu'à hif»n ^i\re et à vivre heureux. Il voulait davantage.

Mon père, plus indulgent par sa nature et plus influencé par les idées maternelles, ne se serait pas décidé de luimême à m'exiler de Milly ; mais la persistance de mes oncles PiMnporta. Ils étaient les rois de la famille et ses oracles, à pi'u pr(*s comme le bailli de Mirabeau dans la famille de ce ;;rand homme. L'avenir de la famille était entre les mains df' c#'l oncle, car il gouvernait ses frères et ses sœure. Il n'était point marié; il fallait le ménager. Son empire un peu df-^potique, comme l'était aloi-s l'autorité d'un chef de maison, s'everrait avec une souveraineté fortifiée par son mérite distingué et par la considération dont il était investi. Par prudence et par amour pour ses enfants, ma mère céda. Mon arrêt fut porté, non sans bien des temporisations et bi«*n des larmes.

On chercha longtemps un collège où les principes religieux, si chers à ma mère, fussent associés â un enseignement fort et à un régime paternel. On crut avoir trouvé tout cela dans une maison d'éilucation célèbre alors i\ Lyon. Ma nière ni'> conduisit elle-même. J'y entrai comme le conil.'imiié à mort entre dans son dernier cachot. Les faux sourin*s. les hypocrites caresses des maîtres de cette pension, qui voulaient imiter le cœur d'un père pour de l'argent, ne m'en imposèrent pas. Je compris tout ce que cette tendresse de ronimande avait de vénal. Mon cœur se brisa pour la première fois de ma vie, et quand la grille de fer s(» referma entre ma mère et moi, je sentis que j'entrais dans un autre inonde, et que la lune de miel de mes premières années était écoulée sans retour.

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