‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 35 sur 269 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

fit)ide ot dui-e d'une école tumultueuse, peuplée de deux ceiiU enfants inconnus, railleurs, méchants, vicieux, gouvernés par des maîtres brusques, violents et intéressés, dont |p langage mielleux, mais fado, ne déguisa pas un seul jour à mes yeux rindifféi-ence.

Je les pris en horreur. Je vis en eux des geôliei^s. Je passais les heures de récréation à regaixler seul et triste, à travers les barreaux d'une longue grille qui fermait la cour, le ciel et la cime boisée des montagnes du Beaujolais, et à soupirer après les images de bonheur et de lil)erté que j'y avais laissées. Les jeux de mes camarades m'attristaient; leur physionomie même me repoussait. Tout respirait un air de malice, de fourberie et de corruption, qui soulevait mon cœur. L'impression fut si vive et si triste, que les idées de suicide, dont je n'avais jamais entendu parler, m'assaillirent a\pc force. Je me souviens d'avoir passé des jours et des nuits à chercher par quels moyens je pourrais m'arracher la V ie que je ne pouvais pas supporter. Cet état de mon âme ue cessa pas un seul moment tout le temps que je restai dans cptte maison.

Après quelques mois de supplice, je résolus de m'échapper. Je calculai longtemps et habilement mes moyens d'évasion. Enfin, à l'heure où la porte d'un parloir s'ouvrait pour io parents <|ui venaient voir leurs enfants, j'eus soin de me l«Miir dans ce jMirloir. Je fis semblant d'avoir jeté dans la rue la l>allr avec laquelle je jouais. Je me précipitai dehors roinnu' pour la ratti*aper. Je refermai violemment la porte, H je m'élanrai à toutes jambes à travers les petites ruelles b<utl(^es de murs et de jardins qui sillonnaient le faubourg de la Croix-Rousse, à L}on. Je parvins bientôt à faire perdre nifs traces au gardien qui me poui-suivait, et quand j'eus •jaj^né les bois qui couvraient les collines de la Saône, entre

Neuville et Lyon, je ralentis le pas et je m'assis au pied d'un arbre pour reprendre haleine et réfléchir.

Je n'avais pour toute ressource que trois francs en petite monnaie dans ma poche. Je savais bien que je serais mal reçu par mon père; mais je me disais: « Ma fuite aura toujours cela de bon, qu'on ne poun-a pas me renvoyer dans le même collège. » Et puis je ne comptais pas me présenter à mon père. Mon plan consistait à aller à Milly demander asile à un de ces braves paysans dont j'étais si connu et si aimé, soit même à la loge du gros chien de garde de la cour de la maison, où j'avais si souvent passé des heures avec lui couché sur la paille; de là j'aurais fait prévenir ma mère que j'étais arrivé, elle aurait adouci mon père; on m'aurait reçu et pardonné, et j'aurais repris ma douce vie auprès d'eux.

Il n'en fut point ainsi. M'étant remis en marche et étant arrivé dans une petite ville à six lieues de Lyon, j'entrai dans une auberge et je demandai à dîner. Mais à peine étaîsje assis devant l'omelette et le fromage qu'une bonne femme m'avait préparés, que la porte s'ouvrit et que je vis entrer le directeur de la maison d'éducation, escorté d'un gendarme. On me reprit, on me lia les mains, on me ramena à travers la honte que me donnait la curiosité des villageois. On m'enferma seul dans une espèce de cachot. J'y passai deux mois sans communication avec qui que ce fût, excepté pourtant avec le directeur, qui me demanda en vain un acte de i-epentir. Lassé à la fin de ma fermeté, on me renvoya à mes parents. Je fus mal reçu de toute la famille, excepté de ma pauvre mère. Elle obtint qu'on ne me renverrait plus à Lyon. Un collège dirigé par les jésuites (c'était à Belley, sur la frontière de Savoie) était aloi-s en grande renommée, nonseulement en France, mais encore en Italie, en Allemagne et en Suisse. Ma mère m'v conduisit.

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