‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 47 sur 269 · CHANT DU CHASSEUR · texte numérisé non relu

CHANT DU CHASSEUR

Lève-toi î lève-loi! sur les collines sombres.

Biche aux cornes d'argent que poursuivent les ombres î

0 lune! sur ces murs épands les blancs reflets !

Des songes de mon front ces murs sont le palais!

Des rayons vaporeux de ta chaste lumière

A mes yeux fascinés fais briller chaque pierre ;

Ruisselle sur l'ardoise , et jusque dans mon cœur

Rejaillis, ô mon astre, en torrents do langueur!

Aux feates des créneaux la giroflée est morte.

I^ lierre aux coups du Nord frissonne sur la porte

Comme un manteau neigeux dont le pâtre, au retour.

Secoue avant d'entrer les frimas dans la cour.

Le mur épais s'enlr'ouvre à l'épaisse feniMre...

Lune ! avec Ion rayon mon regard y pénètre !

J'y vois, à la lueur du large et haut foyer,

[hins l'àtre au reflet rouge un frùne flamboyer.

LE CHASSEUR

Astre indiscret des nuits, que vois-tu dans la salle?

LA LUNE

Lps chiens du fier chasseur qui dorment sur la dalle.

LE CHASSEUR

Que m'imjwrtent les chiens, le chevreuil et le cor? Astre indiscret des nuits, regarde et disencor.

LA LUNE

Sous Tombre d'un pilier, la nourrice dévide La toison des agneaux sur le rouet rapide. Ses yeux sous le sommeil se ferment à demi ; Sur son épaule enGn son front penche endormi ; Oubliant le duvet dont la quenouille est pleine. Dans la cendre à ses pieds glisse et roule la laine.

LE CHASSEUR

Que me fait la nourrice aux doigts chargés de jours? Astre éclatant des nuits, regarde et dis toujours!

LA LUNE

Entre Tàtre et le mur, la blanche jeune fille , Laissant sur ses genoux sa toile et son aiguille. Sur la table accoudée...

LE CHASSEUR

Astre indiscret des nuits !

Arrèle-loi sur elle! et regarde, et poursuis!

LA LUNE

Sur la table de chêne, accoudée et pensive, Elle suit du regard la forme fugiti\e De Tonibre et des lueurs qui flottent sur le mur. Comme des moucherons sur un ruisseau d'azur. On dirait que ses yeux ûxés sur des mystères Cherchent un sens caché dans ces vains caractères. Et qu elle voit d*avance entrer dans cette tour ^ L*ombre aux traits indécis de son futur amour. Non, jamais un amant qu*à sa couche j'enlève , Dans ses bras assoupis n'enlaça plus beau rêve! Vois-tu ses noirs cheveux, de ses charmes jaloux . Rouler comme une nuit jusque sur ses genoux?

LE CHASSEUR

Soufflez, brises du ciel! ouvrez ce sombre voile! Nuages de son front, rendez-moi mon étoile! Laissez-moi seulement sous ce jais entrevoir La blancheur de son bras sortant du réseau noir. Ou Tondulation de sa taille élancée.

Ou ce coude arroruii qui porte sa jH^nȎe,

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