‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 48 sur 269 · livre: sixième · texte numérisé non relu

livre: sixième

Ou le lis do sa joue, ou le bleu du regard Dont le seul souvenir me perce comme un dard ! O fille du roctier! tu ne sais pas quels rêves A\ec ce globe obscur de tes yeux tu soulèves! A chacun des longs cils qui voilent leur langueur, Comme Ta be il le au trèfle, est suspendu mon cœur. Reste, oh! reste longtemps sur ton bras assoupie, Pour assouvir Tamour du chasseur qui t'épie! Je ne sens ni la nuit ni les mordants frimas. Ton soufile est mon foyer, tes yeux sont mes climats. Des ombres de mon sein ta pensée est la flamme ! Toute neige est printemps aux rayons de ton âme! Oh! dors! oh! rêve ainsi, la tète sur ton bras! Et quand au jour, demain, tu te réveilleras. Puissent mes longs regards, incrustés sur la pierre, Rester collés au mur et dire à ta paupière Qu*un fantôme a veillé sur toi dans ton sommeil! Et puisses-tu chercher son nom à ton réveil !

RECITATIF.

Ainsi chantait, au pied do la tour isoléo. Le barde aux bruns cheveux , sous la nuit éloilée. Et transis par le froid, ses chiens le laissaient seuk. Et le givre en tombant le couvrait d'un linceul. Et le vent qui glaçait le sang dans ses artères L*endormait par degrés du sommeil de ses pères. Et les loups qui rôdaient sur Thiver sans chemin. Hurlant de joie aux morts, le flairaient pour demain. Et pendant qu'il mourait au bord du précipice, La vierge réveillée écoutait la nourrice, A voix ba-^se contant les choses d'autrefois, Ott tirait un accord de harpe sous ses doigts, Ou. frappant le tison aux brûlantes prunelles, Lisait sa destinée au vol des étincelles. Ou regardait, distraite, aux flammes du noyer Lps murs réverb(*rer les lueurs du foyer.

(.î/i7/y, 1800. IG dé embre.)

no CONFIDENCES.

Je lui remis un soir, en nous séparant, le volume grossi de ces vers. Elle les lut sans colère et vraisemblablement sans surprise. Elle y répondit par un petit poème ossianique aussi, comme le mien, intercalé dans les pages d*un autre volume. Ses vers n'exprimaient que la plainte mélancolique d'une jeune vierge de Morven, qui voit le vaisseau de son frère partir pour une terre lointaine, et qui reste à pleurer le compagnon de sa jeunesse, au bord du torrent natal. Je trouvai cette poésie admirable et bien supérieure à la mienne. Elle était en eflfet plus correcte et plus gracieuse. Il y avait de ces notes que la rhétorique ne connaît pas et qu'on ne trouve que dans un cœur de femme. Notre correspondance poétique se poursuivit ainsi quelques jours, et resserra, par cette confldence de nos pensées, l'intimité qui existait déjà entre nos yeux.

Nous ti'ouvions toujours trop courtes les heures que nous passions ensemble, pendant les promenades ou pendant les soirées de famille, à contempler la sauvage physionomie de nos montagnes, les sapins chargés de neige, imitant les fantômes qui traînent leurs linceuls, la lune dans les nuages, l'écume de la cascade d'où s'élevait l'arc de la pluie dont parle Ossian. Nous aspirions à jouir de ces spectacles nocturnes pendant des nuits plus entièrement à nous, et en ('^changeant, plus librement que nous n'osions le faire devant les indifférents, les jeunes et inépuisables émanations de nos âmes devant les merveilles de cette nature en harmonie avec les merveilles de nos premières extases et de nos premiers étonnements. « Qu'elles seraient belles, nous disions-

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