LIVRE SEPTIÈME
et renouTellent la vie du corps quand l'appétit les assaisonne et que les organes sont neufs et sains....
Nous éveiller au cri des hirondelles qui efQeuraient notre toit de feuilles sur la terrasse où nous avions dormi ; écouter la voix enfantine de Graziella, qui chantait à demi-voix dans la vigne, de peur de troubler le sommeil des deux étrangers; descendre rapidement à la plage pour nous plonger dans la mer et nager quelques minutes dans une petite calangue dont le sable fin brillait à travers la transparence d'une eau profonde , et où le mouvement et Técume de la haute mer ne IMMiétraient pas ; remonter lentement à la maison en séchant et en réchauffant au soleil nos cheveux et nos épaules trem- P»^ par le bain ; déjeuner dans la vigne d'un morceau de pain et de fromage de buffle, que la jeune fille nous apportait et rompait avec nous ; boire l'eau claire et rafraîchie de la source puisée par elle dans une petite jarre de terre f iblongue qu'elle penchait en rougissant sur son bras, pendant que nos lèvres se collaient à l'orifice; aider ensuite la famille dans les mille petits travaux rustiques de la maison et du jardin ; relever les pans de mur de clôture qui entouraient la ligne et qui supportaient les terrasses ; déraciner de grosse pierres qui avaient roulé, l'hiver, du haut de ces murs sur les jeunes plants de vigne, et qui empiétaient sur le peu de culture qu'on pouvait pratiquer entre les ceps ; apporter dans le cellier les grosses courges jaunes dont une seule «^tait la charge d'un homme ; couper ensuite leurs filaments, qui couvraient la terre de leurs larges feuilles et qui embarrassaient les pas dans leurs réseaux ; tracer entre chaque rangée de ceps, sous les treilles hautes, une petite rigole dans la terre sèche, pour que l'eau de la pluie s'y rassemblât d'*'lle-méme et les abreuvât plus longtemps ; creuser, pour te même usage, des espèces. de puits en entonnoir au pied
des figuiers et des citronniers : telles étaient nos occupations matinales, jusqu'à Theure où le soleil dardait d'aplomb sur le toit , sur le jardin, sur la cour, et nous forçait à chercher l'abri des treilles. La transparence et le reflet des feuilles de yigne j teignaient les ombres flottantes d'une couleur chaude et un peu dorée.