LIVRE HUITIÈME
Yibre à l'anisson dans rame de tous les hommes, de tous les âges et de toutes les conditions, la note sensible, la note unîTerselle, celle qui renferme dans un seul son Téternelle yM\é de Tart : la nature, Tamour et Dieu.
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Je n*avais encore lu que quelques pages, et déjà vieillards, jeune fille, enfant, tout avait changé d'attitude. Le pécheur, le coude sur son genou et l'oreille penchée de mon côté, oubliait d'aspirer la fumée de sa pipe. La vieille graâd'mère, assise en face de moi, tenait ses deux mains jointes sous son menton, avec le geste des pauvres femmes qui écoutent la parole de Dieu , accroupies sur le pavé des temples. Beppo était descendu du mur de la terrasse, où il était assis tout à l'heure. Il avait placé, sans bruit, sa guitare sur le plancher. Il posait sa main à plat sur le manche, de peur que le vent ne fit résonner ses cordes. Graziella, qui se tenait ordinairement un peu loin, se rapprochait insensiblement de moi, comme si elle eût été fascinée par une puissance d'attraction cachée dans le livre.
Adossée au mur de la terrasse, au pied duquel j'étais étendu moi-même, elle se rapprochait de plus en plus de mon côté, appuyée sur sa main gauche, qui portait à terre, dans fattitude du gladiateur blessé. Elle regardait avec de grands }eux bien ouverts tantôt le livre, tantôt mes lèvres d'où coulait le récit; tantôt le vide entre mes lèvres et le livre, comme si elle eût cherché du regard l'invisible esprit qui me l'interprétait. J'entendais son souffle inégal s'interrompre ou se précipiter, suivant les palpitations du drame, comme l'haleine essoufflée de quelqu'un qui gravit une montagne et qui se repose pour respirer de temps en temps. Avant que je fusse arrivé au milieu de l'histoire, la pauvre enfant avait oublié sa résene un peu sauvage avec moi. Je sentais la chaleur de sa respiration sur mes mains. Ses cheveux frisson-
naient sur mon front. Deux ou trois larmes brûlantes tombées de ses joues tachaient les pages tout près de mes doigts.
Excepté ma voix lente et monotone, qui traduisait littéralement à cette famille de pécheurs ce poème du cœur, on n'entendait aucun bruit que les coups sourds et éloignés de la mer, qui battait la côte là-bas sous nos pieds. Ce bruit m^me était en harmonie avec la lecture. C'était comme le dénoùment pressenti de l'histoire, qui grondait d'avance dans l'air au commencement et pendant le cours du récit. Plus ce récit se déroulait, plus il semblait attacher nos simples auditeurs. Quand j'hésitais, par hasard, à trouver l'expression juste pour rendre le mot français, Graziella, qui depuis quelque temps tenait la lampe abritée contre le vent de son tablier, l'approchait tout près des pages et brûlait presque le livre dans son impatience, comme si elle eût pensé que la lumière du feu allait faire jaillir le sens intellectuel à mes yeux et éclore plus vite les paroles sur mes lèvres. Je repoussais en souriant la lampe de la main sans détourner mon regard de la page, et je sentais mes doigts tout chauds de ses pleurs.
Quand je fus arrivé au moment où Virginie, rappelée en France par sa tante, sent, pour ainsi dire, le déchirement de son être en deux, et s'efforce de consoler Paul sous les bananiers, en lui parlant de retour et en lui montrant la mer qui va l'emporter, je fermai le volume et je remis la lecture au lendemain.
Ce fut un coup au cœur de ces pauvres gens. Graziella se