‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 8 sur 269 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

prïMiiii'Tes joies de leur amour et dans les premières perspecti\es de leur félicité. Je me souviens d'avoîr vu un jour une branche de saule sc^parée du tronc par la tempête et ilot- Uint le matin sur un débordement de la Saône. Une femelle de rossignol y couvait encore son nid à la dérive, dans réoume du fleuve, et le mâle suivait du vol ses amours sur un débris.

s'imagine qu'elle est venue d'en bas. Les idées viennent toujours d'en haut. Ce n'est pas le peuple qui a fait la Révolution, c'est la noblesse, le clergé et la partie pensante de la nation. Les superstitions pi*ennent quelquefois naissance dans le peuple, les philosophies ne naissent que dans la tête des sociétés. Or, la révolution française est une philosophie.

Mon grand-père et mes oncles surtout avaient la sève de la Révolution dans l'esprit. Ils étaient partisans passionnés d'un gouvernement constitutionnel, d'une représentation nationale, de la fusion des oi-di^es de l'État en une seule nation soumise aux mêmes lofs et aux mêmes impôts. Mii^abeau, les Lameth, La Fayette, Mounier, Virieu, La Rochefoucauld, étaient les principaux apôtres de leur religion politique. M'"'* de Monnîer (la Sophie de Mirabeau) avait vécu quelque temps chez mon grand-père. La Fayette avait été élevé avec l'abbé de Lamartine. Ils s'étaient retrouvés à Paris, ils entretenaient une correspondance suivie. Ils étaient liés d'une véritable amitié, amitié qui a survécu à quarante années d'absence, et dont l'illustre général me parlait encore l'avantdernière année de sa vie.

Telle était la nuance des opinions de famille. Il n'y avait rien là d'antipathique à la révolution de 89 ; mon père et mes oncles ne se séparèrent du mouvement rénovateur qu'au moment où la Révolution, s'échappant de ces mains démocratiques, se lit démagogie, contre ceux-là mêmes qui l'avaient récliauffée, et devint violence, spoliation et supplices. A ce moment aussi la pei*sécution entra chez eux, et ne les quitta plus qu'à la mort de Robespierre.

Le peuple vint arracher une nuit, de sa demeure, mon grand-père, malgré ses quatre-vingt-quatre ans, ma grand'mère, presque aussi âgée et infirme, mes deux oncles, mes

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