‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 91 sur 269 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

J*allais faire de longues courses à travers la ville, sur les quais, dans la campagne; mais ces courses solitaires n'étaient pas tristes comme les premiers jours de mon retour à Naples. Je jouissais seul, mais je jouissais délicieusement des spectacles de la ville, de la côte, du ciel et des eaux. Le sentiment momentané de mon isolement ne m'accablait plus; il me recueillait en moi-même et concentrait les forces de mon cœur et de ma pensée. Je savais que des yeux et des pensées amies me suivaient dans cette foule ou dans ces déserts, et qu'au retour j'étais attendu par des cœurs pleins de moi.

Je n'étais plus comme l'oiseau qui crie autour des nids étrangers, suivant l'expression de la vieille femme; j'étais comme l'oiseau qui s'essaye à voler à de longues distances de la branche qui le porte, mais qui sait la route pour y revenir. Toute mon affection pour mon ami absent avait reflué sur Gi*aziella. Ce sentiment avait même quelque chose do plus vif, de plus mordant, de plus attendri que celui qui iifattachait à lui. 11 me semblait que je devais l'un à Fhabi- Mide et aux circonstances, mais que l'autre était né de moirnême, et que je l'avais conquis par mon propre choix.

Ce n'était pas de l'amour, je n'en avais ni l'agitation, ni la jalousie, ni la préoccupation passionnée; c'était un repos «(olicieux du cœur, au lieu d'être une fièvre douce de l'àme et

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