LIVRE DIXIÈME
Ipur vieillesse, de leur misère, de Favenir des deux enfants. Mors Graziella s'attendrissait. Elle recevait un peu mieux le pauvre Cecco, qui venait de temps en temps s'asseoir humblement le soir à la porte de la chambre de sa cousine et jouer avec les petits. Il lui disait bonjour et adieu à travers la porte; mais il était rare qu'elle lui répondit un seul mot. Il s'en allait mécontent, mais résigné, et revenait le lendemain toujours le même. « Ma sœur a bien tort, disait Beppino. Cecco Taime tant et il est si bon! Elle serait bien heureuse! Enfin ce soir, ajouta-t-îl, elle s'est laissé vaincre par les prières de mon grand-père et de ma grand' mère et j>ar les larmes de Cecco. Bile a entr'ouvert un peu la porte; t'ile lui a tendu la main; il a passé une bague à son doigt, t't elle a promis qu'elle se laisserait fiancer demain. Mais qui :»ait si demain elle n'aura pas un nouveau caprice? Elle qui était si douce et si gaie! Mon Dieu, qu'elle a changé! Vous ne la reconnaîtriez plus!... »
Beppino se coucha dans la barque. Instruit ainsi par lui de ce qui s'était passé, j'entrai dans la maison.
Andréa et sa femme étaient seuls sur Vasirico. Ils me refirent a%'er amitié et me comblèrent de reproches tendres sur mon absence si prolongée. Ils me racontèrent leurs peines et leurs espérances touchant Graziella. « Si vous aviez éjé là, me dit Andréa, vous qu'elle aime tant et à qui elle ne dit jamais non, vous nous auriez bien aidés. Que nous sommes contents de vous revoir! C'est demain que se font les fiançailles; vous y serez; votre présence nous a toujours porté bonheur. »
Je sentis un frisson courir sur tout mon corps à ces paroles de ces pauvres gens. Quelque chose me disait que leur malheur viendrait de moi. Je brûlais et je tremblais de rpf oir Graziella. J'affectai de parler haut à ses parents, de
passer et de repasser devant sa porte comme quelqu'un qui ne veut pas appeler, mais qui désire être entendu. Elle resta sourde, muette, et ne parut pas. rentrai dans ma chambre, et je me couchai. Un certain calme que produit toujours dans Tàme agitée la cessation du doute et la certitude de quoi que ce soit, même du malheur, s'empara enfin de mon esprit. Je tombai sur mon lit comme un poids mort et sans mouvement. La lassitude des pensées et des membres me jeta promptement dans des rêves confus, puis dans Tanéantissement du sommeil.
Deux ou trois fois dans la nuit, je me réveillai à demi. C'était une de ces nuits d'hiver, plus rares mais plus sinistres qu'ailleurs, dans les climats chauds et au bord de la mer. Les éclairs jaillissaient sans interruption à travers les fentes de mes volets, comme les clignements d'un œil de feu sur les murs de ma chambre. Le vent hurlait comme des meutes de chiens affamés. Les coups sourds d'une lourde mer sur la grève de la Margellina faisaient retentir toute la rive, comme si on y avait jeté des blocs de rocher.
Ma porte tremblait et battait au souffle du vent. Deux ou trois fois il me sembla qu'elle s'ouvrait, qu'elle se refermait d'elle-même et que j'entendais des cris étouffés et des sanglots humains dans les sifflements et dans les plaintes de la tempête. Je crus même une fois avoir entendu résonner des paroles et prononcer mon nom par une voix en détresse qui aurait appelé au secours! Je me levai sur mon séant; je n'entendis plus rien ; je crus que la tempête, la fièvre et les rêves m'absorbaient dans leurs illusions; je retombai dans l'assoupissement.
Le matin, la tempête avait fait place au plus beau soleil. Je fus réveillé par des gémissements véritables et par des cris de désespoir du pauvre pêcheur et de sa femme qui se