LIVRE DIXIÈME
lamentaient sur le seuil de la porte de Grazielia. La pauvre petite H*était enfuie pendant la nuit. Elle avait réveillé et embrassé les enfants, en leur faisant signe de se taire. Elle avait laissé sur son lit tous ses plus beaux habits et ses boucles d* oreilles, ses colliers, le peu d'argent qu'elle possédait.
Le père tenait à la main un morceau de papier taché de quelques gouttes d'eau qu*on avait trouvé attaché par une épingle sur le lit. Il y avait cinq ou six lignes, qu'il me priait, éperdu, de lire. Je pris le papier. 11 ne contenait que ces mots écrits en tremblant dans l'accès de la fièvre, et que f avais peine à lire: «J'ai trop promis... une voix me dit que r est plus fort que moi... J'embrasse vos pieds. Pardonnezmoi. J*aime mieux me faire religieuse. Consolez Gecco et le Monsieur.,. Je prierai Dieu pour lui et pour les petits. Donnezh'ur tout ce que j'ai. Rendez la bague à Cecco. »
A la lecture de ces lignes, toute la famille fondit de nouveau en larmes. Les petits enfants, encore tout nus, entendant que leur sœur était partie pour toujours, mêlaient leurs cris aux gémissements des deux vieillards et couraient dans toute la maison en appelant Grazielia !
Le billet tomba de mes mains. En voulant le ramasser, je ^is à terre, sous ma porte, une fleur de grenade que j'avais admirée le dernier dimanche dans les cheveux de la jeune fille, et la petite médaille de dévotion qu'elle portait toujours dans son sein et qu'elle avait attachée quelques mois avant à mon rideau pendant ma maladie. Je ne doutai plus que ma porte ne se fût en effet ouverte et refermée pendant la nuit; que les paroles et les sanglots étouffés que j'avais cru entendre et que j'avais pris pour les plaintes du vent ne fussent les adieux et les sanglots de la pauvre enfant. Une place sèche sur le seuil extérieur de l'entrée de ma chambre.
au milieu des traces de pluie qui tachaient tout le reste de la terrasse, attestait que la jeune fille s'était assise là pendant Forage, qu'elle avait passé sa dernière heure à se plaindre et à pleurer, couchée ou agenouillée sur cette pierre. Je ramassai la fleur de grenade et la médaille, et je les cachai dans mon sein.
Les pauvres gens, au milieu de leur désespoir, étaient touchés de me voir pleurer comme eux. Je fis ce que je pus pour les consoler. 11 fut convenu que, s'ils retrouvaient leur fille, on ne lui parlerait plus de Gecco. Gecco lui-même, que Beppo était allé chercher, fut le premier à se sacrifier à la paix de la maison et au retour de sa cousine. Tout désespéré qu'il fût, on voyait qu'il était heureux de ce que son nom était prononcé avec tendresse dans le billet, et qu'il trouvait une sorte de consolation dans les adieux mêmes qui faisaient son désespoir.
(( Elle a pensé à moi pourtant, » disait-il, et il s'essuyait les yeux. Il fut à l'instant convenu entre nous que nous n'aurions pas un instant de repos avant d'avoir trouvé les traces de la fugitive.
Le père et Gecco sortirent à la hâte pour aller s'informer dans les innombrables monastères de femmes de la ville. Beppo et la grand'mère coururent chez toutes les amies de Graziella qu'ils soupçonnèrent d'avoir reçu quelques confidences de ses pensées et de sa fuite. Moi, étranger, je me chargeai de visiter les quais, les ports de Naples et les portes de la ville pour interroger les gardes, les capitaines de navire, les mariniers, et pour savoir si aucun d'eux n'avait vu une jeune Procitane sortir de la ville et s'embarquer le matin.
La matinée se passa dans de vaines recherches. Nous rentrâmes tous silencieux et mornes à la maison, pour nous raconter mutuellement nos démarches et pour nous consulter de nouveau. Personne excepté les enfants n'eut la force de porter un morceau de pain â la bouche. Andréa et sa femme s'assirent découragés sur le seuil de la chambre de Graziella. Beppino et Gecco retournèrent errer sans espoir dans les