‹ Œuvres de LamartineChapitre 116 sur 145 · SUR SA BIBLIOTHÈQUE · texte numérisé non relu

SUR SA BIBLIOTHÈQUE

Paris, 27 mars 1840.

0 philosophe , ô solitaire Sur la montagne retiré , Qui répands de là sur la terre La chaleur d*un cœur inspiré!

Quand je m'assois dans ces retraites Pleines de générations , Où tu ranges sur deux tablettes La sagesse des nations,

bans ces catacombes des âges,

En un volume reliés,

Quand je vois dans deux ou trois pages

Tenir cent peuples oubliés ;

Quand je vois ces feuilles lancées Aux vents par le temps ennemi.

Cette poussière de pensées Que le ver broie à la fourmi ;

Quand je vois ces lettres, qu'efface Aux regards le texte incertain , S'évanouir comme la trace Du voyageur dans un lointain ;

Je dis dans mon orgueil qui doute Sur tant d'orgueil enseveli :

« Quoi ! je serai donc une goutte De ce grand océan d'oubli?

« Le comble de mes destinées Sera qu'à mille ans parvenu, Des langues qui ne sont pas nées Épellent mon nom inconnu;

<( Que dans un coin de sa mémoire Un œil curieux du néant Range ma poussière de gloire.

Jeu d'osselets du fainéant;

u Que l'oiseau porte à sa couvée, Avec les brins du papyrus, Quelque syllabe retrouvée De mes monuments disparus !

« Graver ses pas sur cette arène , A ce lointain jeter sa voix, Être immortel, folie humaine.

Ah I ce n'est que mourir deux fois !

a Ne remplaçons pas par nos pages Ces pages que nous balayons; Car Dieu fit la langue des sages De deux mots : Aimons et prions ! »

LE RÊVE D'UiN ESCLAVE NOIR

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