‹ Œuvres de LamartineChapitre 16 sur 145 · II · texte numérisé non relu

II

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« O Fl^u%^: lui diviivj*-. ô loi qui fis les âges Pt^'Ut h nlir^r I>rrjpirf à tes rivages î Toi dont If^ nom, rhanl^ par un humble affranchi. Vient bra\^r, grâ/:^ â lui, le temps qu'il a franchi! Toi qui vis sur les lK>rds les oppresseurs du mo!>> EmT et demander du sommeil à ton onde •: Tibulle soupirer les délices du cœur, Scipion dédaigner les faisceaux du licteur. César fuir son triomphe au fond de tes n-lra/^- Mécène y mendier de la gloire aux poêles, Brutus rêver le crime , et Caton la vertu : Dans tes cent mille voix. Fleuve, que mt- diMii* M'apportesntu des sons de la lyre d'Horaof». Ou la voix de César qui flatte et qui u>mup« ' Ou l'orageux forum d'un peuple de ht^o^ Dont la voix des tribuns précipitait k* flotK. i:i qui dans sa fureur, montant amir:>f ion onUi.. Tn,p %a^le pour son Ut, déboniail >ut h niiuidi

r H.->n**, ^n^ U^ *»rnicni temps de «i ^. « ivuiv^i 4lrrn/ • « . ^Vur. M, iiru.-. ♦*'* 'M^»h>iU^. illutohqnt,)

Hélas ! ces bruits divers ont passé sans retour ! Plus d*armes, de forum, de lyre, ni d'amour 1 Ce n'est qu'une eau qui pleut sur le rocher sonore, Cest le fleuve qui tombe, et qui murmure encore! Que dis-je! il murmurait; il ne murmure plus! I>e leur lit desséché ses flots sont disparus! Et ces rochers pendants, et ces cavernes vides. Et ces arbres privés de leurs perles liquides , Et la génisse errante, et la biche, et Toiseau Qui vient sur le rocher chercher sa goutte d'eau , \Uendent vainement que Tonde évanouie Rende au vallon muet le murmure et la vie, Et, dans leur solitude et dans leur nudité. Semblent prendre une voix, et dire : « Vanité!... »

Ih ! faut-il s'étonner que les empires tombent.

Que de nos foibles mains les ouvrages succombent,

Quand ce que la nature avait fait éternel

S'alltTe par degrés, et meurt comme un mortel;

Quand un fleuve écumant, qu'ont vu couler les âges.

Disparu tout à coup, laisse à nu ses rivages?

In fleuve a disparu! mais ces trônes du jour.

Ces gigantesques monts crouleront à leur tour;

Mais dans ces cieux semés de leur sable splendide.

Tous ces astres éteints laisseront la nuit vide :

Vais cet espace même à la fin périra.

Et de tout ce qui fut, un jour, rien ne sera.

Rien ne sera. Seigneur! Mais toi, source des mondes,

Qui fais briller les feux, qui fais couler les ondes.

Qui sur l'axe des temps fais circuler les jours,

Tu seras! tu seras ce que tu fus toujours!

Tous ces astres éteints, ces fleuves qui tarissent.

Os sommets écroulés, ces mondes qui périssent,

Dans l'abtme des temps ces siècles engloutis.

Ces temps et cet espace eux-méme anéantis,

Cp pouvoir qui se rit de ses propres ouvrages,

A Celui qui survit ce sont autant d'hommages;

no HARMONIES POÉTIQUES

Et chaque être mortel, par le temps emporté. Est un hymne de plus à ton éternité !

Italie! Italie! ah! pleure tes collines.

Où rhistoire du monde est écrite en mines;

Où Tempire, en passant de climats en climats,

A gravé plus ayant Tempreinte de ses pas;

Où la gloire, qui prit ton nom pour son emblème.

Laisse un voile éclatant sur ta nudité même !

Voilà le plus parlant de tes sacrés débris!

Pleure ! un cri de pitié va répondre à tes cris !

Terre que consacra Tempire et rinfortune.

Source des nations, reine, mère commune.

Tu n'es pas seulement chère aux nobles enfants

Que ta verte vieillesse a portés dans ses flancs;

De tes ennemis même enviée et chérie.

De tout ce qui natt grand ton ombre est la patrie !

Et Tesprit inquiet qui dans l'antiquité

Remonte vers la gloire et vers la liberté ,

Et Fesprit résigné qu'un jour plus pur inonde ,

Qui, dédaignant ces dieux qu'adore en vain le monde,

Plus loin, plus haut encor, cherche un unique autel

Pour le Dieu véritable, unique, universel.

Le cœur plein tous les deux d'une tendresse amère.

T'adorent dans ta poudre, et te disent : a Ma mère! »

Le vent, en ravissant tes os à ton cercueil.

Semble outrager la gloire et profaner le deuil I

De chaque monument qu'ouvre le soc de Rome

On croit voir s'exhaler les mânes d'un grand homme ;

Et dans ce temple immense , où le Dieu du chrétien

Règne sur les débris de Jupiter païen ,

Tout mortel en entrant prie, et sent mieux encore

Que ton temple appartient à tout ce qui l'adore!...

Sur tes monts glorieux chaque arbre qui périt. Chaque rocher miné, chaque urne qui tarit. Chaque fleur que le soc brise sur une tombe,

l^ tes sacrés débris chaque pierre qui tombe , \u cœur des nations retentissent longtemps, Comme un coup plus hardi de la hache du temps; Fà tout ce qui flétrit ta majesté suprême s^-rable en te dégradant nous dégrader nous-méme I Le malheur pour toi seule a doublé le respect ; Tout cœur s'ouvre à ton nom, tout œil à ton aspect ! Ton î»oleil, trop brillant pour une humble paupière, ^>emble épancher sur toi la gloire et la lumière ; Et la voile qui vient de sillonner tes mers. Quand tes grands horizons se montrent dans les airs, Sf'usible et frémissante à ces grandes images. S'abaisse d'elle-même en touchant tes rivages! Vh! garde-nous longtemps, veuve des nations, Carde au pieux respect des générations i>s titres mutilés de la grandeur de Thomme, Qu'on retrouve à tes pieds dans la cendre de Rome ! R^^pecte tout de toi, jusques à tes lambeaux! Ne porte point envie à des destins plus beaux ! Mais , semblable à César à son heure suprême , Qui du manteau sanglant s'enveloppe lui-même , Quel que soit le destin que couvre l'avenir. Terre, enveloppe-toi de ton grand souvenir! Que t'importe où s'en vont l'empire et la victoire? Il n'est point d'avenir égal à ta mémoire !

f^fi<iAiit mon séjour à Florence, un événement naturel, Téboulement d'un "^brr à Tivoli, bouleversa la fameuse chute d*eau sous le temple de la Sibylle «« w«M le palais de Mécène, à Tibur, près de Rome. Ce fut un deuil pour toute ' i*a.>«> et pour tous les artistes, portes ou peintres, nationaux ou étrangers, qui ■ '-T.u.^t , de temps immémorial , étudier les formes, les écumes, les poussières t»-<syi«A <ft ks murmures des eaux du prœceps Anio d*Horace auprès de ces ^ . m riMcades. Tavals passé moi-même bien des heures de mon enfance et de sa ^iiyaae au bord de ces gouffres, à respirer la fraîcheur et à aspirer les • t ■■*^*^ineot\> Il me sembla que cette catastrophe enlevait un de ses joyaux s -A c -jrooae de Tltalie ; qn*il allait se Cure un silence de plus dans la cam-

pagne silencieuse de Rome. J^écriris ces ren mvec le coeur d'an Italien ; et comme yvnis contristé, un an on deux avant, cette terre, je profitai avec empressement de cette circonstance pour me réconcilier avec elle :

Italie ! Italie ! ah ! pleura tes colanes ,

Où rhistoire da monde est écrite eo raines!

Je les adressai à un des hommes les plus lettrés, les plus patriotes, les plu^ excellents de ritalie, le marquis Tancredo de BaroUo, de Turin. Le marquis de Rarol était mon ami ; il avait épousé une Française d*une famille, d*une beauté, d*nn esprit et d*une vertu supérieurs. M"^ de Barol a consacré, depuis la mort de son mari, son génie pieux à Dieu, et son immense fortune à la charité. Silrio Pellico, le grand poète de la captivité et de la résignation, vit maintenant auprès de cette sainte femme, et il Tassiste dans ses œuvres de soulagement des prisonniers.

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