‹ Œuvres de LamartineChapitre 21 sur 145 · JÉHOVAH · texte numérisé non relu

JÉHOVAH

LUDÉE DE DIEU

Sinaï, Sinaï, quelle nuit pour ta cime!

Quels éclairs, sur tes flancs, éblouissent les yeux!

Les noires vapeurs de l'abîme Roulent en plis sanglants leui*s vagues dans tes cieux !

La nue enflammée, Où ton front se perd, Vomit la fumée Comme un chaume vert; Le ciel, d'où s'échappe Éclair sur éclair, Et pareil au fer Que le marteau frappe.

Lançant coups sur <x)ups La nuit, la lumière.

Se voile ou s'éclaire.

S'ouvre ou se resserre.

Gomme la paupière D'un homme en courroux I

HAR!UONIES POÉTIQUES. 1:27

I 11 homme, un homme seal gravit tes flancs qui grondent. En lain tes mille échos tonnent et se répondent : t Sos regards assurés ne se détournent pas !

Tout un peuple éperdu le regarde d'en bas. Jiis(]u'aux lieux où ta cime et le ciel se confondent,

II monte, et la tempête enveloppe ses pas!

Le nuage crève ; Son brûlant carreau Jaillit comme un glaive Qui sort du fourreau.

Les foudres, portées Sur ses plis mouvants, Au hasard jetées Par les quatre vents.

Entre elles heurtées.

Partent en tous sens.

Comme une volée D'aiglons aguerris Qu'un bruit de mêlée A soudain surpris.

Qui, battant de l'aile.

Volent pêle-mêle Autour de leurs nids, Et loin de leur mère , La mort dans leur serre, S'élancent de l'aire En poussant des cris !

Le cèdre s'embrase.

Crie, éclate, écrase Sa brûlante base Sous ses bras fumants; La flamme en colonne Monte, tourbillonne.

Retombe et bouillonne En feux écumants; La lave serpente.

Kl de pente en pente Étend son fo^er; La montagne ardente Paraît ondoyer; Le flnnament donbk* Les feux dont il luit; Tout regard se trouble.

Tout meurt ou tout liiit ; Et Tair qui s'enflamme , Repliant la flamme Autour du haut lieu , Va de place en place.

Où le vent le chasse.

Semer dans Tespace Des lambeaux de feu.

Sous ce rideau brûlant qui le voile et Tëclaire, Moïse a seul, vivant, osé s'ensevelir.

Quel regard sondera ce terrible mystère ? Entre l'homme et le feu que va-t-il s'accomplir? Dissipez, vains mortels, l'effroi qui vous atterre! C'est Jéhovah qui sort ! 11 descend au milieu

Des tempêtes et du tonnerre !

C'est Dieu qui se choisit son peuple sur la terre; C'est un peuple à genoux qui reconnaît son Dieu :

L'Indien, élevant son âme Aux voûtes de son ciel d'azur.

Adore l'éternelle flamme Prise à son foyer le plus pur; Au premier rayon de l'aurore.

Il s'incline, il chante, il adore L'astre d'où ruisselle le jour; Et le soir, sa triste paupière Sur le tombeau de la lumière Pleure avec des larmes d'amour.

Aux plages que le Nil inonde, Des déserts le crédule enlant.

Brûlé par le flambeau du monde, Adore un plus doux firmament.

Amant de ses nuits solitaires, Pour son culte ami des mystères Il attend dans Tombre les cieux , et du sein des sables arides Il élève des pyramides Pour compter de plus près ses dieux.

U Grèce adore les beaux songes Par son doux génie inventés, Et ses mystérieux mensonges, Ombres pleines de vérités.

Il natt sous sa féconde haleine \utant de dieux que Tâme humaine A de terreurs et de désirs; Son génie, amoureux d'idoles, Donne Tétre à tous les symboles , Crée un Dieu pour tous les soupirs!

Sàhra, sur tes vagues poudreuses.

Où vont, des quatre points des airs, Tes caravanes plus nombreuses Que les sables de tes déserts?

C'est Taveugle enfant du Prophète Qui va sept fois frapper sa tête Contre le seuil de son saint lieu.

Le désert en vain se soulève Sous la tempête ou sous le glaive :

«Mourons, dit-il; Dieu seul est Dieu! »

Sous les saules verts de TEuphrate , Que pleure ce peuple exilé?

Ce Q*est point la Judée ingrate.

Les puits taris de Siloé :

C'est le culte de ses ancêtres, Son arche, son temple, ses prêtres.

Son Dieu qui Toublie aujourd*hui î Son nom est dans tous ses cantiques, Et ses harpes mélancoliques x\e se souviennent que de lui.

Elles s'en souviennent encore, Maintenant que des nations Ce peuple exilé de l'Aurore Supporte les dérisions!

En vain, lassé de le proscrire.

L'étranger d'un amer sourire Poursuit ses crédules enfants :

Comme l'eau buvant cette offense, Ce peuple tratne une espérance . Plus forte que ses deux mille ans I

Le sauvage enfant des savanes, Informe ébauche des humains.

Avant d'élever ses cabanes, Se façonne un dieu de ses mains.

Si , chassé des rives du fleuve Où Tours, où le tigre s'abreuve, 11 émigré sous d'autres cieux.

Chargé de ses dieux tutélaires :

« Marchons, dit-il, os de nos pères!

La patrie est'où sont les dieux! »

Et de quoi parlez-vous, marbres, bronzes, portiques.

Colonnes de Palmyre ou de Persépolis,

Panthéons sous la cendre pu Tonde ensevelis.

Si vides maintenant, autrefois si remplis?

Et vous, dont nous cherchons les lettres symboliques.

D'un passé sans mémoire incertaines reliques.

Mystères d'un vieux monde en. mystères écrits?

Et vous, temples debout, superbes basiliques.

Dont un souffle divin anime les parvis?

\()U!» me pariez des dieax! des dieux ! des dieux encore! Chaque autel en porte un, qu'un saint délire adore, Holocauste éternel que tout lieu semble offrir. L'iioinme et les éléments, pleins de ce seul mystère, N*ont eu qu'une pensée , une œuvre sur la terre : Confesser cet être, et mourir!

Maib si rhomme, occupé de cette œuvre suprême,

É|Miise toute langue à nommer le seul Grand,

\h: combien la nature, en son silence même,

U nomme mieux encore au cœur qui le comprend !

\(»ulez-vous, 6 mortels, que ce Dieu se proclame?

pouloz aux pieds la cendre où dort le Panthéon,

Et \^ livre où Torgueil épelle en vain son nom !

bf* Tastre du matin le plus pâle rayon

Sur ce divin mystère éclaire plus votre âme

Oue la lampe au jour faux qui veille avec Platon.

Vontez sur ces hauteurs d'où les fleuves descendent, Et dont les mers d'azur baignent les pieds dorés, \ l'heure où les rayons sur leurs pentes s'étendent, ^omme un filet trempé ruisselant sur les prés. Ouand tout autour de nous sera splendeur et joie, V"and les tièdes réseaux des heures de midi, Eri ions enveloppant comme un manteau de soie, F*'n)nt épanouir votre sang attiédi;

<Jaand la terre, exhalant son âme balsamique, l>^ v>n parfum vital enivrera vos sens. Et que Pinsecte même, entonnant son cantique. Bourdonnera d'amour sur les bourgeons naissants;

•juand vos regards noyés dans la vague atmosphère, ^in-ïi que le dauphin dans son azur natal.

Flotteront incertains entre Tonde et la ten-e. Et des deux de saphir et des mers de cristal ,

Écoutez dans vos sens, écoutez dans votre âme. Et dans le pur rayon qui d'en haut vous a lui; Et dites si le nom que cet hymne proclame N*est pas aussi vivant, aussi divin que lui.

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