‹ Œuvres de LamartineChapitre 26 sur 145 · SOUVENIRS D'ENFANCE · texte numérisé non relu

SOUVENIRS D'ENFANCE

LA YIl: CACHÉE

• A M. r. G. DE 1

^^'iaïul la voi\ du passe résonnait dans son âme, I» n^jy'ards d'Ossian étîncclaîcnt de flamme , i^ »ol de sa pensée agitait ses cheveux, *^ hai7>e frémissait dans ses genoux nerveux, tt î^ accents, pareils au murmure des ondes, ^'•iilaient à flots pressés de ses lèvres fécondes, Oinmo un torrent d'hiver qu'on ne peut contenir : !>* MPillard n'était plus que voix et souvenir. *> puK^ancc de Pâme! ô jeunesse éternelle L»ii une douce mémoire en nos seins renouvelle ! ***'r ma IvTe, Ossian, je ne vois pas encor ^M{(*T mes cheveux blancs parmi ses cordes d'or ; Mri c«»ur est tiède encor des feux de ma jeunesse; i»- n'ai pas tes longs jours, j'ai déjà ta tristesse; J*- i^rcours comme toi le champ de mes regrets ! V! ranl comme toi les monts et les forêts.

J*aime à m asseoir, aux bords des torrents de Tautomne , Sur le rocher battu par le flot monotone, A suivre dans les airs la nue et Taquilon, A leur prêter des traits,* un corps, une âme, un nom. Et, d'êtres adorés m'en formant les images, A dire aussi : « Mon àme est avec les nuages! » Mais je ne chante plus; les hommes de nos jours A ta hai-pe ellenaième, hélas! resteraient sourds; Trop pleins d'un avenir tout brillant de chimèi-es, Leui-s yeux vers le passé ne se détournent guères. Et si ma haipe encor, pour tromper mes ennuis. Soupire pour moi seul dans l'ombre de mes nuits. Ces chants, dont ta douleur faisait son bien suprême. De leur écho plaintif m'importunent moi-même. Et mon ccpiir redescend de cet oubli trop court. Comme un iK>ids soulevé qui retombe plus lourd !

Quel attrait cependant à ma In-e rebelle

Du fond de ma langueur aujourd'hui me rappelle?

D'où ^ient qu'à mon insu, mariés à ma voix.

Les mots harmonieux s'enchaînent sous mes doigts.

Et qu'en mètres brillants ma vene cadencée

Comme un courant limpide emporte ma pensée?

Ah ! c'est qu'une voix chêi-e a retenti dans moi;

C'est que le souvenir qui me rappelle à toi.

Écartant loin de lui les ombivs des années.

Et déplojant soudain ses ailes enchaînées

Au-dessus d(*s douleurs, des dégoûts, fruits du temps.

Franchit d'un vol léger les jours, les mois, les ans.

Et m'emporte avec toi dans ce séjour champêtre ,

Dans ces temps écoulés que ton nom fait renaître ,

Jeune, heui-eux, le cœur plein d'ignorance et d'espoir.

Brillant comme un matin qui n'aurait point de soir.

Tel que notre amitié nous vit à son auroit».

Et qu'à sa douce voix je crois nous voir encore :

A son prisme divin le pn^ent effacé

Se coloi"e des feux dont brillait le passé.

0 champs de Bienassis, maison, jardin, prairies, Treilles qui fléchissiez sous vos grappes mûries , Oniies qui sur le seuil étendiez vos rameaux ,

Et doù sortait le soir le chœur des passereaux , \ergers où de Tété la teinte monotone Pâlissait jour à jour aux rayons de Tautomne , Où la feuille, en tombant sous les pleurs du matin. Dérobait à nos pieds le sentier incertain; Pas égarés au loin dans les frais paysages. Heures tièdes du jour coulant sous des ombrages, S4>mmeils rafraîchissants goûtés au bord des eaux, N>nges qui descendiez , qui remontiez si beaux ; Pn'^sentiments divins, intimes conQdences, U'ctures, rêverie, entretiens, doux silences; Table riche des dons que l'automne étalait. Où h's fruits du jardin, où le miel et le lait, ibAaisonnés des soins d'une mère attentive , I>e leur luxe champêtre enchantaient le convive; >ilencieux réduit où des rayons de bois. Par Page vermoulus et pliant sous le poids, >()us offraient ces trésors de l'humaine sagesse Où nos jeux altérés puisaient jusqu'à l'ivresse. Où la lampe avec nous veillant jusqu'au matin .>ous guidait au hasard, comme un phare incertain. De volume en volume; hélas! croyant encore Que le livre savait ce que l'auteur ignore. Et que la vérité, trésor mystérieux, P(>u\ait être cherchée ailleurs que dans les cieux! >cênes de notre enfance après quinze ans rêvées, %u plus pur de mon cœur impressions gravées. Lieux, noms, demeure, et vous, aimables habitants. Je %ous revois encore après un si long temps, Au^i pn^nts à l'œil que le sont des rivages

1 Tonde dont le cours reflète les images, \n>si frais, aussi doux que si jamais les pleurs »n avaient dans mes yeux altéré les couleurs; ht «(»:> riants tableaux sont à mon âme aimante

45t HARMONIES POÉTIQUES

Ce qu'aa navigateur battu par la tourmente Sont les songes dorés qui lui montrent de Iota Le rivage chéri de son bonheur témoin , L'ondoyante moisson que sa main a semée i Et du toit paternel le seuil ou la fumée.

Tu n'as donc pas quitté ce port de ton bonheur?

Ce soleil du matin qui réjouit ton cœur.

Gomme un arbre au rocher fixé par sa racine «

Te retrouve toujours sur la même colline ;

Nul adieu n'attrista le seuil de ta maison;

Jamais, jamais tes yeux n'ont changé d'horizon;

L'arbre de ton aïeul, Tarbre qui t'a vu naître,

N'a jamais reverdi sans ombrager son maître;

Jamais le voyageur, en voyant du chemin

Ta demeure fermée aux rayons du matin.

Trouvant l'herbe grandie ou le sentier plus rude 4

N'a demandé, surpris de cette solitude,

Sur quels bords étrangers, dans quels lointains séjours

Le vent de l'inconstance avait poussé tes jours.

Ton verger ne voit pas une main mercenaire

Cueillir ces fruits greffés par ta main tutélaire ,

Et ton ruisseau, content de son lit de gazon ^

Gomme un hôte fidèle à la même maison.

Vient murmurer toujours au seuil de ta demeure.

Et de la même voix t'endort à la même heure.

Ainsi tu vieilliras sans que tes jours pareils

Soient comptés autrement que par leurs doux soleils,

Sans que les souvenirs de ton heureuse histoire

Laissent d'autres sillons gravés dans ta mémoire

Que le cercle inégal des diverses saisons.

Des printemps plus tardifs, de plus riches moissons.

Tes pampres moins chargés, tes ruches plus fécondes.

Ou ta source sevrant ton jardin de ses ondes;

Sans avoir dissipé des jours trop tôt comptés.

Dans la poudre, ou le bruit, ou l'ombre des cités,

Et sans avoir semé, de distance en distance.

K tous les ^entd du ciel ta stérile espéi^neel

Vk: rends gi^âoe k ton sort de ce flot lent et ûoni

Qui te porte en silence où noas atrivons tous,

Et, comme ton destin si lH)rnë dans sa course.

Dans son lit ignoré s'endort pr&s de sa source I

\e porte point envie à ceux qu'un autre vent

Sur les routes du monde a conduit» plus arant,

M^'ine à ces noms frappés d'un peu de renommée !

Du feu qu'elle répand toute âme est consumée;

Nntre vie est semblable au fleuve de cristal .

Qui sort, humble et sans nom, de son rocher natal :

Tant qu'au fond du bassin que lui flt la nature

Il dort, comme au berceau, dans on lit sans murmure,

Toutes les fleurs des champs parfument son sentier^

Et Tazur d'un beau ciel y descend tout entier;

Mais à peine, échappés des bras de ses collines,

N»s flots s'épanchent-ils sur les plaines voisines.

Que, du limon des eaux dont il enfle son lit,

N»n onde, en grossissant, se corrompt et pâlit;

L'ombre qui les couvrait s'écarte de ses rives,

Lp rocher nu contient ses vagues fugitives ;

il dédaigne de suivre, en se creusant son cours,

\^ «allons paternels les gracieux détours;

Vais, fier de s'engoufl'rer sous des arches profondes,

II y reroit un nom bravant comme ses ondes;

Il emporte, en fuyant à bonds précipités,

tf^ barques, les rumeurs, les fanges des cités;

< liaqae ruisseau qui l'enfle est un flot qui Taltùre,

Ju^iju^au terme où, grossi de tant d'onde adultère,

Il «a, grand, mais troublé, déposant un vain nom.

Bouler au sein des mers sa gloire et son limon.

H^ureiise au fond des bois la source pauvre et pui-e î

Heureux le sort caché dans une vie obscure !

Xoub parlions autrement à l'âge où l'avenir. Que nos seins palpitants ne pouvaient contenir.

Se débordait pour nous de la coupe de vie.

Gomme un jus écumant d'une urne trop remplie.

A cet Âge enivré , la gloire est à nos yeux

Ce qu'à Toeil des enfants qui regardent les cieux

pst l'astre de la nuit, dont l'orbe, près d'éclore,

Au sommet qu'il franchit semble toucher encore.

L'un d'eux, quittant ses jeux pour la douce splendeur.

Croit que, pour s'emparer du disque tentateur

Et pour se revêtir de la lueur divine ,

11 n'a qu'à faire un pas sur la sombre colline :

Il s'avance, J'œil fixe et les bras entr'ouverts;

Et le globe de feu suspendu dans les airs.

Gomme pour prolonger sa crédule espérance,

A hauteur de la main un moment se balance.

Il monte; mais déjà dans l'azur étoile.

Quand il touche au sommet, l'astre s'est envolé.

Et, fuyant dans le ciel de nuage en nuage.

Est aussi loin déjà des monts que de la plage.

Gonfus de son erreur, il revient sur ses pas;

Et les fils du hameau qui sont restés en bas.

Occupés à choisir des fleurs au sein des plaines.

Ou des cailloux polis dans le lit des fontaines,

Sans songer à cet astre objet de ses regrets ,

Au fond de la vallée en étaient aussi près!...

Mais quand ce feu céleste éblouirait ton âme, Quand tu le poursuivrais sur un désir de flamme , Dans ces vieux jours du monde avares de vertu, Gette gloire rêvée, où la frouverais-tu? Groisr-tu que ce reflet de la splendeur suprême, • Gette immortalité qui sort de la mort même. Soit ce mot profané qui passe tour à tour Du grand homme d'hier au grand homme du jour. Monnaie au coin banal qu'un jour frappe, un jour use. Que la vanité paye à l'orgueil qu'elle abuse? Grois-tu que chaque siècle en ait reçu d'en haut Toujours la même soif avec le même lot ;

Elqii*cnÛn Favenir, acceptant riiéritage.

Ratifie à jamais ce risible partage

Que les sots, éblouis des splendeurs de leur temps,

En font de siècle en siècle entre tous leurs enfants?

>on î Tu ris avec moi de Terreur où nous sommes : Tu sais de quel linceul le temps couvre les hommes; Tu sais que tôt ou tard , dans Tombre de Toubli , Siècles, peuples, héros, tout dort enseveli; Que sur Tépaisse nuit qui descend d'âge en âge A peine un nom par siècle obscurément surnage; Que le reste, éclairé d'un moins haut souvenir, Di^lKiratt par étage à Fceil de Tavenir,

Comme en quitta^it la rive un navire à la voile, .

K riieure où de la nuit sort la première étoile ,

>oit à ses yeux dérus disparaître d'abord

LVfume du rivage et le sable du port.

Puis les tours de la ville où Tairain se lialance.

Puis les phares éteints qu'abaisse la distance.

Puis les premiers coteaux sur la plaine ondoyants,

Puis les monts escarpés sous Thorizon fuyants.

Bientôt il ne voit plus au loin qu'une ou deux cimes,

lK)nt I éternel hiver blanchit les pics sublimes.

Refléter au-dessus de cette obscurité

Du jour qui va les fuir la dernière clarté,

Jusqu'à ce qu'abaissés de leur niveau céleste

(>î> sommets décroissants plongent comme le reste.

Et qu'étendue enflii sur la terre et les mers.

L'universelle nuit pèse sur l'univei-s. ^^

De la gloire et du temps voilà l'image sombre.

Éloigne-toi d'un siècle, et tout rentre dans l'ombre.

Laisse pour fuir l'oubli tant d'insensés courir !

Que sert un jour de plus à ce qui doit mourir?

Tu voudrais cependant que sur un cénotaphe

là gloire t'inscrivit ta ligne d'épitaphe,

Et promit à ton nom, de temps en temps cité.

Ses heures de mémoire et d'immortalité.

Jusqu'à ce qu*un passant, tNrîsant ton humble pierre.

Dispersât sous ses pieds ta gloire et ta poussière.

Et qu'un jour, en sifflant, le berger du Talion

Ne sût plus rassembler les lettres de ton nom.

Ah! qu'à ces vains regrets ton àme soit fermée!

Le funèbre baiser dont une bouche aimée

Scelle au dernier adieu les lèrres du mourant,

Notre nom qu'un ami rappelle en soupirant.

Les larmes sans témoin dont un œil nous arrose,

Voilà notre épitaphe et notre apothéose,

A nous à qui le sort en naissant n'a promis

D'autre immortalité qu'aux cœurs de nos amis!...

Que le sort te la donne à ton heure suprême !

Le souvenir n'est doux que dans un cœur qui t'aime!

Si de ton nom pourtant tu veux l'entretenir.

Grave ces simples mots sur ton ui*ne à venir :

(( Là dort d'un doux sommeil, quoique sans mausolée.

Dans le sein de sa mère, un fils de la vallée.

Que t'importe, 6 passant, s'il fut célèbre ou non?

En changeant de patrie il a changé de nom.

Tout près de son berceau sa tombe fut placée;

Peu d'espace borna sa vie et sa pensée ;

Content de son bonheur, il sut le renfermer

Autour des seuls objets qu'il eût besoin d'aimer,

Une mère, une femme, un ami, la nature.

Et de ses vœux, en tout, son cœur fut la mesure.

Ses pas ni ses désirs n'ont jamais dépassé.

Cet horizon étroit par ton œil embrassé ,

Et pour lui l'univers s'étendait de la pente

Où sous ces peupliers son beau fleuve serpente,

Jusqu'à ces monts voisins , d'où l'ombre qui descend

De l'haleine des bois rafraîchit le passant.

11 ne goûta jamais l'ivresse de la gloire.

Ce faux pressentiment d'une vaine mémoire ;

Jamais dans la tempête il n'éleva la voix,

ET BELIGIEUSES. 457

Ou ne jeta son sort dans Turne de qos lois;

Jamais il ne força le lion populaire

A frémir à ses pieds d*aniour ou de colère ;

Jamais de la victoire il ne Til les enfants

Incliner sur son firont leurs drapeaux triomphants.

11 ne promena point sa vague inquiétude

De rivage en rivage et d'étude en étude;

Il ne vit point son or, marchandant ses plaisirs,

Tarir entre ses mains plus tard que ses désirs ; .

Il n^alla point chercher dans Borne ou dans la Grèce

Les mystères voilés de Tantique sagesse ,

>i du bleu firmament, pour enchanter ses yeux,

\oir des astres nouveaux levés sous d'autres cieux :

Mais il eut, sans goûter une science amère,

La loi de ses aïeux et le Dieu de sa mère ;

R«H*ut, sans la peser à nos poids inconstants,

I»ans un coeur simple et pur la sagesse des temps.

Comme des mains d'un père on prend son héritage,

Afec l'eau qui l'arrose et l'arbre qui l'ombrage.

Il semait de ses mains le champ de ses aïeux ;

Il ne se lassait pas du spectacle des cieux;

Il voyait chaque jour sur la terre arrosée

L'aurore se dissoudre en perles de rosée,

L^ bois se revêtir de leurs manteaux flottants ,

La sé^e reoionter aux bourgeons du printemps;

Ij^ fleurs, où le Très-Haut rassembla ses merveilles.

Livrer l'ambre liquide aux rayons des abeilles;

L'astre du jour, mourant dans un couchant vermeil ,

IN> ses derniers regards inspirer le sommeil ;

Ou les feux dispersés dans des nuits embaumées.

Calculant sans compas leurs courbes enflammées.

Sons la voûte sans clef flottant de toutes parts,

Élpver sa pensée autant que ses regards.

ipe l'amour dans son cœur fixé par l'innocence,

M^me après sa jeunesse on sentait la présence.

Comme on respire encor dans un vase exhalé

L*odeur d'un doux parfum après qu'il a brûlé ;

Comme, en quittant la terre, un soleil qui s'ombrage

Laisse encor sa chaleur et sa pourpre au nuage.

Les doux ressouvenirs , ces échos du bonheur.

Jusqu'à ses derniers jours réchauffèrent son cœur :

Quand de ces jours nombreux la coupe fut remplie.

Il accueillit la mort en bénissant la vie.

Vous dont le nom sublime a volé sous les deux ,

Heureux, sages ou grands, qu'avez-vous eu de mieux?

Dieu ne mesure pas nos sorts à l'étendue;

La goutte de rosée à Therbe suspendue

Y réfléchit un ciel aussi vaste , aussi pur

Que rimmense Océan dans ses plaines d'azur! »

Ces initiales: G. de B*^, désignent un de mes excellents et remarquables amis d'enfance et de jeunesse, Guichard de Bienassis. J'allais tous les ans, pendant les vacances, i>asser quelques jours doux et joyeux dans le petit château de ^a mère, à Bienassis, auprès de Cré mieux , en Uauphiaé.

Je le perdis ensuite de vue pendant vingt ans. Un jour que ma pensée se reportait sur ces chères aurores de la vie, j*appris qu*il vivait obscur et heu> reux dans ces mêmes tourelles, sur ces mômes terrasses, sous ces mêmes treilles qui Pavaient vu naître. Je comparais la placidité et la pérennité de cette vie cachée et dormante aux agitations, aux égarements, aux écumes de ma vie courante. J'adressai ce souvenir h son nom. I! le lut par hasard dans un recueil ou dans un de mes volumes, et il m'écrivit.

Un autre jour d'automne de 18i0, j'étais à Saint-Point, revenant d'Italie, la maison pleine de visiteurs, d'électeurs, de voisins, d'amis. On m'annonça un étranger dont on ne savait pas le nom : j'allai au-devant de lui sur le seuil. Je vis UQ homme de taille moyenne, au costume presque rustique, un sac de voyage sous le bras gauche, un bâton dans la main droite, les souliers pou> dreux, les cheveux noirs et flottants à grandes boucles, le teint hàlé de rbommc des champs, les traits fins et gracieux, la tête un peu penchée en avant, comme quelqu'un qui a la vue basse et qui craint toujours de faire un faux pas. Je le regardais, attendant ce qu'il avait à me dire, et je pensais en moi-même : V Voilà un homme sensible , un homme d'imagination enfoui dans quelque recoin obscur de l'existence : que vient-il me demander ici? « 11 me regardait lui-même avec une vive attention, et je voyais un imperceptible sourire |K>indre sur ses lèvres, bienveillantes cependant, u Eh quoi I me dit-il enfin , tu ne me reconnais pas? — Il me semble, lui répondis-je, que mon cœur vous recon-

^t ronfusément; mais Dion œil, non. Qui ètes-vous donc? — Je suis, me d.i-il,Pro»per Guictiard do fiienassis, tod ami de collt^^e, ton ami d*adolesf-o r, ec encore ton ami d'âge fait. » Nous nous embrassâmes. Je le fis coniiï.p dios la meilleure chambre d*hôtes quMl y eût au château ; et, quand la ,»irat% d*aflaires fut finie, la journ<îo de Tamitié commença. Il passa la nuit à i^- nriioter sa vie, à partir du point où nous nous étions quittés ; son séjour s.:ix iot^rruption dans le foyer de ses pères ; ses rêveries de célébrité, d'acti- >.:• . (le ^oire, évaporées au soleil de son jardin ; ses amours précoces avec une / iQc K charmante cousine qu*il avait obtenue de ses parents à force de ' -..^nre Pt qui faisait la joie de ses jours ; la vieillesse et la mort de sa mère ; «^ rrupations rurales ; ses embellissements à la maison et aux champs, aux « "j r>, s la fontaine de Bienassis ; les chasses et les promenades de ses étés ; ^> r^-cu'illfments de ses Journées et 4c ses soirées d'hiver au coin de son '^•r, ^ans enfants, en société des mômes livres que nous dérobions à la ' / : tiitqae de sa mère dans notre enfance ; sa joie la première fois qu'il avait V- sJu ivi.'iitir mon nom et mes vers Jusque dans sa solitude; la réserve qui AXiit ••œptVhé de me donner signe de vie depuis tant d'années, dans la crainte V- ]r ^«nt de la renommée n'eût emporté sou nom de mon cœur; enfin,

I'jL

) (Tis nj*'unir de vingt ans, et, depuis cette reconnaissance, il revint toute» «» «iiiA-^ d:iDS la saison où les hirondelles s'envolent : ami plus sûr et plus *.}'.•• q>j«> rf>» oiseaux, symbole do fidélité; car elles nous abandonnent quand

'r id ( Dnimence à faire frissonner les vitres et quand la neige commence à

..- hir \v toit. Et lui, il revient quand tout se retire ou quand tout se glace...

•». bv'i \v b»ni^v.» du haut de son éternité , comme je l'ai béni dans ces vers

-•oirn-s! C'est un \éritable ami.

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