‹ Œuvres de LamartineChapitre 28 sur 145 · DESIR · texte numérisé non relu

DESIR

Ah! si j'avais des paroles.

Des images, des symboles, Pour peindre ce que je sens!

Si ma langue embarrassée.

Pour révéler ma pensée , Pouvait créer des accents!

Loi sainte et mystérieuse!

Une âme mélodieuse Anime tout Tunivers; Chaque être a son harmonie, Chaque étoile son génie.

Chaque élément ses concerts.

Ite n'ont qu'une voix, mais pure.

Forte comme la nature.

Sublime comme son Dieu; Et, quoique toujours la même.

Seigneur, cette voix suprême Se fait entendi*e en tout lieu.

Quand les vents sifflent sur Tonde , Quand la mer gémit ou gronde, Quand la foudre retentit , Tout ignorants que nous sommes , Qui de nous, enfants des hommes.

Demande jce qu'ils ont dit?

L*un a dit : « Magniflcence I »

L'autre : « Immensité 1 puissance! » L'autre : « Terreur et courroux ! »

L'un a fui devant sa face ; L'autre a dit : « Son ombre passe; Cieux et terre, taisez-vous! »

Mais l'homme, ta créature.

Lui qui comprend la nature.

Pour parler n'a que des mots.

Des mots sans vie et sans aile.

De sa pensée immortelle Trop périssables échos !

Son âme est comme l'orage Qui gronde dans le nuage Et qui ne peut éclater.

Comme la vague captive Qui bat et blanchit sa rive.

Et ne peut la surmonter.

Elle s'use et se consume Comme un aiglon dont la plume N'aurait pas encor grandi.

Dont l'œil aspire à sa sphère.

Et qui rampe sur la terre Comme un reptile engourdi.

Ah ! ce qu'aux anges j'envie N'est pas l'éternelle vie,

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