‹ Œuvres de LamartineChapitre 30 sur 145 · Nom d'un torrent de Savoie · texte numérisé non relu

Nom d'un torrent de Savoie

Et le flot, qui jamais ne remonte à sa source, \9 revoit pas deux fois le doux bord qu'il a vu !

Ah! si du moins dans nos années Les jours perdus ne comptaient pas !

Si les jalouses destinées Les oubliaient sous leur compas !

Mais, hélas! la mousse ou la lie Du calice étroit de la vie Comble également les contours !

Quand il est tari, Fhomme expire; Les pleurs comptent pour le sourire , Les nuits d'exil pour de beaux jours.

Je sais qu'après un long orage, Brisé d'efforts et de douleur.

Tu fus recueilli sur la plage Par un peuple ami du malheur ; Qu'une juste reconnaissance , Comme une seconde naissance, T'apprit à bénir d'autres cieux ; Qu'au sein d'une épouse chérie, L'amour te fit une patrie Loin des tombeaux de tes aïeux.

<*[M*n(lanl il est doux de respirer encore <H air du ciel natal où l'on croit rajeunir, ^A air qu'on respira dès sa première aurçre , '♦*! air tout embaumé d'antique souvenir! Il eit doux de le voir balancer le feuillage l»u fhOne couronné qui prêta son ombrage

A nos rêves au fond des bois; '^u. comme un vieil ami dont on connaît la voix, \^ Teotendre siffler sur l'herbe des collines, f't pn>longer le soir, à travers les ruines.

Les sourds murmures d'autrefois !

Il ^i doux de s'asseoir au foyer de ses pères.

Qui sous moD propre toit m'accueille et me salue?

Aux mes de mon iac cet ami m'est-il né?

A-t'il respiré l'air de ma tiède ?allée ,

Ou foulé sous ses pas Therbe que j'ai foulée

Au pied du Nivolay S d'étoiles couronné?

De quel droit ose-t-il, étranger sur ces rives... »

... Étranger! J'en appelle à tes vagues plaintives.

Beau lac dont j'ai souvent recueilli les accords;

Torrents aux flots glacés , j'en appelle à vos bords ;

A vous, vallons de paix; à vous, simples demeures

Où rhospitalité me fit bénir les heures,

Où ton nom , si souvent par les tiens répété.

Me donna sur ton cœur un droit de parenté!

J'habitai plus que toi ces fortunés rivages; J'adorai, j'aime encor ces monts coiffés d'orages. Où la simplicité des âmes et des mœurs Garde aux vieilles vertus l'asile de vos cœurs ; Où la jeune amitié m'accueillit dès l'aurore, Où l'amitié plus mûre est aussi tendre encore. Où l'amour disparu dans l'ombre du trépas Laissa partout pour moi l'empreinte de ses pas. Et colore à mes yeux vos flots et vos collines Ou d'un deuil éternel ou de splendeurs divines; Où j'ai trouvé plus tard cet unique trésor Plus rare que l'encens, plus précieux que l'or,. Charme, ornement, repos, colonne de la vie. Enfin où d'une sœur dort la cendre chérie; Où mes neveux un jour, de ta gloire héritiers. Trouveront nos deux noms unis dans leurs quartiers. Voilà, voilà mes droits, plus chers que les tiens même. On est toujours, crois-moi, du pays que Ton aime : Mais si ton cœur jugeait ces titres mal acquis. J'aimerais malgré toi la terre où tu naquis!...

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