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A UNE FIANCÉE DE QUINZE ANS

MBLODIB

Sur ton front, Laurence, Laisse-moi poser De l'indifférence Le chaste baiser.

Si je le prolonge.

Oh! ne rougis pas!

On s'attache au songe Qui fuit de nos bras.

Ma lèvre dérange Sur tes blonds cheveux Le bouquet d'orange Embaumé de vœux; Ta main est promise , Et l'autel est prêt :

Viens, que je te dise Mon dernier secret!

J'ai deux fois ton âge , Ta joue est en fleur;

Hais ta jeune image Rajeunit mon cœur.

Toi dans ma paupière, J'avais dit au Temps :

« Je la vois derrière.

Marche; moi, j'attends. »

Les mots de caresse Que tu m'épelais , Ces noms de tendresse Dont je t'appelais.

Ennui dans l'absence Et joie au retour.

C'était l'innocence.

Hais c'était l'amour.

Le bonheur qu'on sème, Hélas! n'éclôt pas.

Un plus heureux t'aime : Va, cours dans ses bras.

Cette larme pure Qui brûle ton front, 0 triste parure.

Ses doigts la boiront.

Au rayon d'automne Trop prompt à fleurir.

L'amandier couronne Son front pour mourir.

Tu fus, ô mon rêve, Ce printemps d'un jour :

Hon cœur, c'est la sève; La fleur, mon amour!

t30 HARMONIES POÉTIQUES

Tant de pleurs toujours prêts à s'anir à des pleurs. Tant de soupirs brûlants Ters une autre patrie, Et tant de patience à porter une vie

Dont la couronne était ailleurs I

Et tout cela, pourquoi? Pour qu^un creux dans le sable Absorbât pour jamais cet être intarissable! Pour que ces vils sillons en fussent engraissés ! Pour que l'herbe des morts dont sa tombe est couverte Grandit, là, sous mes pieds, plus épaisse et plus verte! Un peu de cendre était assez !

Non, non! pour éclairer trois pas sur la poussière, Dieu n'aurait pas créé cette immense lumière. Cette âme au long regard, à l'héroïque effort ! Sur cette froide pierre en vain le regard tombe , 0 vertu ! ton aspect est plus fort que la tombe. Et plus évident que la mort

Et mon œil, convaincu de ce grand témoignage ,

Se releva de terre et sortit du nuage,

I Et mon cœur ténébreux recouvra son flambeau.

Heureux l'homme à qui Dieu donne une sainte mère !

En vain la vie est dure et la mort est amèi*e :

Qui peut douter sur son tombeau?

3la mère a été la plus grande, la plus douce et la plus permanente occupation de ma pensée. Tespérais la conserver jusqu'à mes jours les plus aTancês. La jeunesse perpétuelle de son âme se communiquait à son visage. Les années n*avaient laissé aucune trace sur ses traits : à soixante-six ans, on la confondait avec ses filles. Elle était conservée par Tatmosphère de résignation , do piété et de paix intérieure, dans laquelle elle 8*enveloppait , comme ces parfums fugitifs ou comme ces fleurs rares qu*on empiH:bc de s'évaporer ou de se flétrir en les préservant du contact de Tair terrestre. Les droonstances de sa mort i^ootèrent pour moi à la douleur de sa perte.

Je PtriiA laissée pour quelques Jours, rayonnante de bonheur, d*cspérance H de TH>. rétais à Paris. Un matin , en entrant dans le bain , elle trouva Teau tri) fniide; elle était seule; elle ouTrit le conduit d*eau chaude, Teau bouil- Ivite la frappa d^un Jet qui Jaillit Jusqu'à sa poitrine : elle s*évanouit. On •rr^anjt à son cri, il était trop tard. On la reporta dans son lit; elle reprit n>naus%ance, souffrit deux Jours, pria constamment, se réjouit de ce que je o''Ui« pas là, pour m*éviler, disait-elle, le spectacle de sa fin, et mourut en f r>nAnçant mon nom dans son agonie. Ma femme, qui la veillait seule, me dit q-.'iif' répt'tait sans cesse, dans cette dernière nuit, ces mots : Que je suis i^reute! que je suis heureuse! On lui demanda de quoi. Elle répondit : a De D'irir n^i^<^ et purifiée. » Un de mes amis m*annonça cette perte inat- UT.<Jg4>, à Paris. Je crus que la terre manquait sous moi. Je partis, J'arrivai : il 'U.t trop tard; elle reposait déjà dans le cimetière de la ville. J'obtins la per- □ ^^:oD de la faire exhumer et de transporter ses restes à Saint-Point. Je revis Ml Tisace, aussi serein que dans un sommeil. Les paysans, qui Tadoraient, «'3ivnt une nuit prendre le cercueil, et le portèrent, en se relevant, sur leurs ^•jW<s, pendant huit lieues. Je marchais à pied derrière eux. Au lever du ft*.til, nous arrivâmes au pied des montagnes qu'il faut traverser pour deso rdn- dans la vallée de Sunt-Point. Elles étaient couvertes de six pieds de s* ij^. Nous étions obligés de faire creuser un sentier entre deux murailles ^A:^^b*-9 devant le cercueil. Quelle marche! quel cortège! quelle arrivée!

If tnmbeaa que je lui destinais n'était pas encore élevé. Je déposai le cer- '*>nl dans le caveau souterrain de l'église; je restai seul quelques jours à ? r :nT ma mère dans ce pays qu'elle avait tant aimé, et dans cotte demeure ; - n** d'flle. Le printemps suivant, je bâtis une chapelle entre l'église et le j-'ijo. FJle y repose, mais elle n'y rrpose déjà plus seule. 11 n'y a qu'une '.-*.-nptioa en lettres de bronze incrustées dans la corniche de l'ogive qui sert » ;»irtjque à la mort:

SPEHAVrr ANIMA MEA.

f'.'v' a trttjjour» enpèré, en effet , jusque dans la mort. On le voit par ses dor- : »nr* parjU>s. Son àme n'était qu'une aspiration.

Malnt^oant, quand je m'approche de son tombeau, je dérange souvent de ?i-iTe* femmes des villages voisins, qui viennent prier sur sa tombe comme «iir In reliques d'un saint , et Je trouve toujours sur les dalles quelques boul^u de fleurs sauvages qu'elles y ont Jetés à travers les barreaox de la grille.

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