‹ Œuvres de LamartineChapitre 42 sur 145 · I :i fojpr où jamais l'indigent éconduit · texte numérisé non relu

I :i fojpr où jamais l'indigent éconduit

^ •ntre sans déposer son bâton pour la nuit,

'<« i'ho!»pitalité, la main ouverte et pleine,

P -il donner sans peser le pain de la semaine,

<»i ^^Tser à l'ami qui visite mon toit

' '1 fin qui réjouit la lèvre qui le boit.

Que dirai-je de plus? la douce solitude. Le jour semblable au jour lié par l'habitude , Une harpe, humble écho d'espérance et de foi. Et qui chante au dehors quand mon cœur chante en moi ; Le repos, la prière, un cœur exempt d'alarmes. Et la paix du Seigneur, joyeuse dans les larmes ! D'un seul de tous ces dons qui ne serait jaloux ? Mais combien manque-t-il à qui les reçut tous ! De quelque jus divin que Dieu nous la remplisse. Toute l'eau de la vie a le goût du calice ; La joie a son ennui, le plaisir sa langueur : L'erreur du malheureux, c'est de croire au bonheur. Que sert de jeter l'ancre et de dire à sa barque : (( Arrêtons-nous, voilà le port que je te marque! Tu dormiras ici comme une lie des mers Que ne peut soulever l'effort des flots amers ! » - Tandis que nous parions, une vague éternelle S'enfle sous le navire et l'emporte avec elle : Sur les mers de ce monde il n'est jamais de port, Et le naufrage seul nous jette sur le bord! Jeune encor, j'ai sondé ces ténèbres profondes : La vie est un degré de l'échelle des mondes Que nous devons franchir pour arriver ailleurs. Souvent les pieds meurtris, le front blanc de sueurs. Comme un homme essoufflé qui monte un sentier rude Se repose un moment, vaincu de lassitude; Sur cette marche même, hélas! qu'il faut franchir Ou pour reprendre haleine ou pour se rafraîchir. On s'arrête, on s'assied, on voit passer la foule Qui sur l'étroit degré se coudoie et se foule; On reconnaît de l'œil et du cœur ses amis, Les uns par le courage^et l'espoir affermis. Moulant d'un pas léger que rien ne peut suspendre. Les autres chancelants et prêts à redescendre. C'est parmi ces derniers que mon œil te trouva ; Tu tombais, je criai : le Seigneur te sauva! Tu repris ton élan vers la céleste porte.

ET RELIGIEUSES. m

Honneur en soit rendu, non à celte voix morte,

Nais au Dieu qui donna la vie à mes accents,

Oui met le trait sur l'arc et la flamme à l'encens,

Fair un i^cho vivant de nos lèvres muettes.

Et dans nos cœurs fêlés verse ses eaux parfaites!

T<»n cœur était Tor pur caché dans le filon,

Oui n*attend pour briller que l'heure et le rayon ;

La perle au fond des mers sous Técaille captive,

Ou'un pêcheur dans ses rets amène sur la rive.

L'or ne doit point de grôce aux sondes du mineur,

>i la perle aux filets; mais tous deux au Seigneur,

l)<)nt le regard divin scrute la terre et l'onde,

Et dirige lui seul le filet ou la sonde.

\iriM la >érité t'attendait à son jour,

El sa voix dans ta voix va parler à son tour!

Oui, dût un froid mépris répondre à notre lyre,

Dût notre vérité se nommer un délire.

Mi notre âge, enivi-é des seuls soins d'ici-bas.

Sourire en nous disant : « Je ne vous connais pas ! »

S^'niblables devant l'homme à ces hardis prophètes

Oue la dérision conviait à ses IVtes,

El qui, sur leurs tyrans lançant l'esprit divin ,

<irB\aient trois mots obscurs sur les murs du festin,

R»^|)4'tons-lui toujours que l'univers est vide,

Oup la vie est un flot que chasse un vent rapide

Et qui doit nous porter à l'immortalité,

Ou se fondre en écume, en bruit, en vanité;

Oijp tout but ici-bas est trompeur ou fragile,

Tout espoir abusé, tout mouvement stérile;

Oue les rêves de l'homme et ses ambitions,

La sagesse, les arts, le bras des nations.

Les efforts réunis des siècles et du monde,

N#* peu\ent retarder la mort d'une seconde,

Friire avancer le jour d'une heure dans les airs.

Ou rebrousser le vent et l'écume des mers ;

Oue riiomme n'a reçu du seul Maître suprême

tu HARMONIES POÉTIQUES

De puissance et d*empii*e ici que sur lui-même. Et qu'en dépit du siècle il n'a dans ce lias lien Qu'une œuvre : la vertu; qu'une espérance : Dieu! Ce sort est assez beau pour un peu de poussière ; Il devrait consoler même un fils de lumière De ne pouvoir changer les sentiers radieux De ces astres lointains , poussière aussi des cieux.

Et puisse alore Celui que notre langue adore.

Comme un souffle vivant anime un bois sonore.

Prêtant l'âme et la vie à nos pieux concerts.

De son souffle incréé diviniser nos vers,

Nos vers morts et formés de syllabes muettes.

Si Dieu ne retentit dans la voix des poètes ;

Leur donner ce qu'il a, puissance et vérité.

Et ce que l'homme entend par immortalité ,

C'est-à-dire un écho qui dure une seconde

Sur cet atome obscur que nous nommons un monde.

Semblable, hélas! à peine au retentissement

Qui le soir sur les bois se prolonge un moment.

Quand, le pâtre brisant son chalumeau sonore.

Du son qu'il n'entend plus l'air ému vibre encore!

Et même de ce prix ne soyons point jaloux :

Chantons pour soulager ce qui gémit en nous!

Quand la source à la mer a vei*sé son eau pure.

Qu'importe si l'abime étouffe son murmure?

Qu'importe si les vents dispei-sent sur les mers

Le cri qu'a jeté l'aigle en traversant les airs ,

Quand l'oiseau, s'élevant des rochere du rivage,*

Plane dans le rayon au-dessus du nuage,

Qu'il n'entend plus la vague, et qu'il voit sous ses yeux

Ces abîmes d'azur qui sont pour nous les cieux ?

ET RELIGIEUSES. %t$ \

Cuit en 1829.

fiiiniis alors beaucoup un Jeune homme pâle, blond, frêle, sensible jusqu'à Ij ouUiie, poète jusqu'aux larmes, ayant une grande analogie avec Novalis en A masnp, avec les poètes intimes qu'on nomme les Lakîstes en Angleterre : ù i jf )p».Uit M. Sainte-Beuve. Il vivait à Paris avec une mère &gée, sereine, L» ri-r en lui , dans une petite maison sur un Jardin retiré, dans le quartier ii L'ii-oibourg. n venait souvent chez moi , j'allais chez lui avec bonheur i.^u Ce recueillement , cette mère, cette retraite, ce jardin, ces colombes, me : i.^ufot, à moi trop emporté dans le courant littéraire, mondain et politique âr : rii»t*>nce. Cela me rappelait les presbytères et les aimables curés de cam- ',^j>: que j'avais tant aimés dans mon enfance.

V. Saiote-Beuve écrivit le poème des ConsolatUnu, On ne l'apprécia pas à u .u«! valeur. Cétait une note nouvelle dans notre poésie d'imitation. J'en '^ t^ihousiaste : j'adressai ces vers à l'auteur. Je crois qu'il ne les comprit }*f^ n qu'il crut trouver dans quelques critiques trop amicalement articulées j dfoizrement de son talent. Cétait une erreur. Tadmirais extrêmement '•ttc «urre. La froideur injuste du public découragea trop ce Jeune poète des v^r^. Il De faut céder au public qu'en mourant. M. Sainte-Beuve, en perse vénn, l'surait forcé à comprendre et soumis à admirer.

î^puU ce temps, à mon grand regret, il s'éloigna de moi , qui l'aimais d'une r ii.e<nioD forte et constante. Il se Jeta dans le roman philosophique, genre

' vur à son talent, et dans la critique, puissance des impuissants. Il me "^u f^ Minéral avec une indulgence où je sentais le souvenir de l'amitié dans ' .i^^m^'ot du juge; quelquefois avec sévérité : mais Jamais je n'en eus le =» .:iiT>' resHentiment. Je regrette M. Sainte-Beuve pour la poésie, je le regrette ^ 'T l'Amitié. Je le suis d'un œil attentif dans sa carrière d'écrivain. C'est un «^ 'r^ hommes qui , en s'éloignaut , emportent toujours un morceau du cœur : ^ y fous deviennent Jamais étrangers, fussent-ils même ennemis.

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