A MONSIEUR REBOUL, ▲ NIMES
Le souffle inspirateur qui fait de Tâme humaine
In instrument mélodieux DfMaiçne des palais la pompe souveraine : Que sont la pourpre et For à qui descend à peine
Des palais rayonnants des cieux?
II s^abat au hasard sur Tarbre solitaire,
Sur la cabane des pasteurs , Sous le chaume indigent des pauvres de la terre , Et couve en souriant un glorieux mystère
Dans un berceau mouillé de pleurs.
Cest Homère endormi , qu'une esclave sans maître
Réchauffé de son seul amour; Ci^ un enJant chassé de Tombre de son hêtre, Qui pleure les chevreaut que ses pas menaient paître ,
Et qui sera Virgile un jouri
t34 HARMONIES PotTI'JI i ^
Cesi Moïse flottant dans on berrean fi«;;iH Sur Tonde, au hasard df*s rouraut- Que IVclair du Sina visite eotn» cent nillH Pendant qu*il fend le mariire ou qui: ji^n ^ ar^*^ Pour la tombe de se» t^niii^ :
Ainsi rinstinct cachc^ dans la Datan^ «ajtH*r«
Mûrit pour Timmortalitt^ :
La perle au fond des mers* For an vm ri« i< t» Le diamant dans Tombre où lan^ruit ^ ltuui*T>
La gloire dans Tobbcurit^^:
La gloire, oiseau divin, phc^nii né d^ lii>-m«'«aM
Qui vient tous les cent an^. ik»u%««ii 8e poser sur la terre et sur un nom qu'il ainn Et qu*on y voit mourir ainsi que son eiDiii«*iiH ' Mais dont nul ne sait le berœao:
Ne t*(Honne donc pas qu'un ange d'haniKHii^
Vienne d'en haut te n»veiller :
8ou\iens-toi de Jacob! Les songes do gi^nie Descendent sur des fronts qui n*ont dan^ rinacMftK
Qu'une pierre pour oreiller.
Hoi-m<^me, plein des biens dont Topulenoe
Que je changerais volontiers Cet or, dont la fortune avec dédain m^inoode Pour une heure du temps où je n'avais au Que ma \igne et que mes figuiers;
Pour ces songes divins qui cluintaienl dans
Kt que nul or ne peut pa}er.
Pendant que le soleil baissait, et que la flami Que ma mère allumait, ainsi qu'une humble Éclairait son étroit foyer:
Et qu'assis autour d*elle à la table de hêtre
Que nous préparaît son amour,* >ous rendions grâce à Dieu de ce repas champêtre , Riche des simples fruits que le champ faisait naître ,
Et d'un pain qui suffit au jour M
Oq connaît le génie poétique et sensible de M. Reboul , poëtc et ouvrier, si antique de pensée, si noble de sentiment. Le travail ne déroge pas. On connaît moios sa vie : Je Tignorais moi-même. Un jour, passant à Nîmes, Je voulus, araot de visiter les Arènes, visiter ce frère en poésie. Un pauvre homme que je rencontrai dans la rue me conduisit à la porte d*une petite maison noire, sur le v'uil de laquelle on respirait cette délicieuse odeur de pain cuit sortant du f<.-ur. Jentrai : un Jeune homme en manches de chemise, les cheveux noirs i* ^Bernent cendrés de farine, était au comptoir, vendant du pain à de pauvres ft-mmes. Je me nommai, il ne rougit pas; il passa sa veste, et me conduisit, par an escalier de bois, dans sa chambre de travail , au-dessus de sa boutique. Il y avait le lit de sa femme, une table à écrire, quelques livres et quelques \tn coomiencés sur des feuilles éparses. Nous causâmes de notre métier cDOiniun. n me lut des vers admirables, et des scènes de tragédie antique qui r»^pirent la m&le sévérité du génie romain. On sentait que cet homme avait fréquenté le\80avenirs vivants de Rome, et que son âme était une pierre déta- <-{••'«■ de ces monuments au pied de^uels il avait grandi , un lierre ou un Uuirif-r sauvage du pont du Gard ou des Arènes.
Depuis, J*ai revu Reboul à rAssemblée constituante. Ame libre, et née pour nn<> n'^pobliqae; cceur simple et pur, comme il en faudrait unt au peuple pour !>M Uïre conserver et honorer la liberté quMl a conquiv?, et qu*il perdra s'il ne Mit ni la modérer par la Justice ni la sanctifier par la verta.
1. Voir à la pa«e 365 de ce voliiiiie la réponse de IL Reboal.