‹ Œuvres de LamartineChapitre 46 sur 145 · POURQUOI MON AME EST-ELLE TRISTE · texte numérisé non relu

POURQUOI MON AME EST-ELLE TRISTE

Pourquoi gémis-tu sans cesse, 0 mon âme? réponds-moi.

D'où vient ce poids de tristesse Qui pèse aujourd'hui sur toi?

Au tombeau qui nous dévore, Pleurant, tu n'as pas encore Conduit tes derniers amis; L'astre serein de ta vie S'élève encore ; et l'envie Cherche pourquoi tu gémis.

La terre' encore a des plages.

Le ciel encore a des jours, La gloire encor des mirages.

Le cœur encor des amours ; La nature offre à tes veilles Des mystères, des merveilles, Qu'aucun œil n'a profané ; Et, flétrissant tout d'avance Dans les champs de l'espérance.

Ta main n'a pas tout glané !

El qu'est-ce que la terre? Une prison flottante, Irio demeure étroite, un navire, une tente Oup son Dieu dans l'espace éleva pour un jour, Kt (iont le vent du ciel en trois pas fait le tour; h^s plaines, des vallons, des mers et des collines o.i tout sort de la poudre et retourne en ruines. Et (l(»nt la masse à peine est à l'immensité (> que rbeure qui sonne est à l'éternité : F<ni;e en palais pétrie, hélas 1 mais toujours fange. Où tout est monotone et cependant tout change!

Eî qu'est-ce que la vie? Un réveil d'un moment! [^ naître et de mourir un court étonnement, I n mot qu'avec mépris l'Être éternel prononce; Lib}rinthe sans clef, question sans réponse, ^^"nsp qui s'évapore, étincelle qui fuit, E Liir qui sort de l'ombre et rentre dans la nuit, ^ mile que le temps prête et retire à l'homme, Mi>>T)e qui ne vaut pas le mot dont on la nomme!

Eî qu'est-ce que la gloire? Un vain son répété,

I n<* (l<'rision de notre vanité,

l ïà nom qui retentit sur des lèvres mortelles,

Uin, trompeur, inconstant, périssable comme elles,

El qui, tantôt croissant et tantôt affaibli,

p4>'»p de bouche en bouche à l'éternel oubli;

N-'Ur empoisonné dont notre orgueil s'enivre,

'jii (ÎEiit mourir deux fois ce qui veut toujours vivre!

E: qu'est-ce que l'amour? Ah I prête à îe nommer.

Ml tiouche en le niant craindrait de blasphémer!

l y^l est au-dessus de tout mot qui l'exprime.

t' Irfir brillant et pur du feu qui nous anime ;

E\îic**lle ravie au grand foyer des cieux;

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