‹ Œuvres de LamartineChapitre 55 sur 145 · HYMNE DE LA MORT · texte numérisé non relu

HYMNE DE LA MORT

Élève-toî, mon âme, au-dessus de loi-même :

Voici répreuve de ta foi !

Que rimpie, assistant à mon heure suprême. Ne dise pas : « Voyez , il tî^mble comme moi ! »

La voilà, cette heure suivie

Par Taube de Téternité,

Cette heure qui juge la vie

Et sonne Timmortalitél

Et tu pâlirais devant elle.

Ame à l'espérance infidèle !

Tu démentirais tant de jours ,

Tant de nuits, passés à te dire :

(( Je vis, je languis, je soupire :

Ah I mourons pour vivre toujours ! »

Oui , tu meurs ! Déjà ta dépouille De la terre subit les lois , Et de la fange qui te souille Déjà tu ne sens plus le poids.

Sentir ce vil poids, c'était vivre; Et le moment qui te délivre.

Les hommes rappellent mourir !

Tel un esclave, libre à peine , Croit qu'on emporte avec sa chaîne Ses bras qa'û ne sent plus souffrir.

Ah I laisse aux sens, à la matière , Ces illusions du tombeau !

Toi, crois-en à ta vie entière, A la foi qui fut ton flambeau !

Crois-en à cette soif sublime, A ce pressentiment intime Qui se sent survivre après toi !

Heurs, mon àme, avec assurance !

L'amour, la vertu, Tespérance, En savent plus qu'un jour d'effroi.

Qu'était-ce que la vie? Exil, ennui, souffrance,

Un holocauste à l'espérance, In long acte de foi chaque jour répété ! Tandis que l'insensé buvait à plein calice. Tu versais à tes pieds ta coupe en sacrifice, Et tu disais : « J'ai soif, mais d'immortalité l «

Tu vas boire à la source vive D'où coulent les temps et les jours.

Océan sans fond et sans rive, Toujours plein , débordant toujours.

L'astre que tu vas voir éclore Ne mesure plus par aurore La vie, hélas! près de tarir, Comme l'astre de nos demeures.

Qui n'ajoute au présent des heures Qu'en retranchant à l'avenir.

tu EXniLOyiES POÉTIQUES

OuLiIt^ an nirn«i^? 'irii sViîacç,

DH:oaTre enda -jj^q horizoa!

b^jdt les arf±*^ tl^-mesurvfîs SVDtr'ouvr*?nt pt^ar sVt»*a«irç encor?

Bientôt leur courbe iniralculable Te sera ce qn'ao jjraiQ de sable Eât aa Tol brûla Qt da condor.

Ta Tas voir la céleste armée

Déployer ses orbes sans lio.

Comme une poussière animée

Qu'aprfte le soiiîfle di\in.

Ces deo-i soleils dont ta paupière

Devinait de loin la bimière

Vont s'épanouir sous tes yeux.

Et chacun d'eux dans son langage

Va te saluer, au passage.

Du grand nom que chantent les deux !

Tu leur demanderas les rêves Que ton cœur élançait vers eux.

Pendant ces nuits où tu te lèves Pour te pénétrer de leurs feux ; Tu leur demanderas les traces Des êtres chéris dont les places Restèrent vides ici-bas, Et tu sauras sur quelle flamme Leur àme arrachée à ton àme En montant imprima ses pas.

Tu verras quels êtres habitent Ces palais flottants de Téther, Qui nagent, volent ou palpitent.

Enfants de la flamme et de Tair,

Chœurs qui chantent, voix qui bénissent,

Miroirs de feu qui réfléchissent,

Ailes qui voilent Jékovah;

Poudre vivante de ce temple ,

Dont chaque atome le contemple,

L adore et lui crie : « Hosannah I »

Dans ce pur océan de vie Bouillonnant de joie et d'amour, La mort va te plonger, ravie Comme une étincelle au grand jour; Son flui vers Téternelle aurore Va te porter, obscure encore.

Jusqu'à Tastre qui toujoui-s luit, Comme un flot que la mer soulève Roule, aux bords où le jour se lève.

Sa brillante écume, et s'enfuit.

Détestais-tu la tyrannie?

Adorais-tu la liberté?

De l'oppression impunie

Ton œil était-il révolté ?

Avais-tu soif de la justice.

Horreur du mal, honte du vice?

Versais-tu des larmes de sang

Quand l'imposture ou la bassesse

Livraient l'innocente faiblesse

Aux serres du crime puissant? |

Sentais-tu la lutte éternelle Du bonheur et de la vertu , Et la lutte encor plus cruelle Du cœur par le cœur combattu?

Rougissais-tu de ce nom d'homme Dont le ciel rit, quand l'orgueil nomme Cette machine à deux ressorts, L'un de boue et l'autre de flamme.

Trop avili s'il n'est qu'une âme.

Trop sublime s'il n'est qu'un corps ?

Pleurais-tu quand la calomnie Souillait la gloire de poison, Ou quand les ailes du génie Se brisaient contre sa prison?

Pleurais-tu lorsque Philomële, Couvant ses petits sous son aile , Tombait sous l'ongle du vautour; Quand la faux tranchait une rose , Ou que la vierge à peine éclose Mourait à son premier amour?

Et sentais-tu ce vide immense Et cet inexorable ennui.

Et ce néant de l'existence , Cercle étroit qui tourne sur lui ?

Même en t'enivrant de délices, Buvais-tu le fond des calices?

Heureuse encor, n'avais-tu pas Et ces amertumes sans causes.

Et ces désirs brûlants de choses Qui n'ont que leurs noms ici-bas?

Triomphe donc, âme exilée!

Tu vas dans un monde meilleur.

Où toute larme est consolée.

Où tout désir est le bonheur; Où l'être qui se purifie N'emporte rien de cette vie Que ce qu'il a d'égal aux dieux, Comme la cime encore obscure Dont l'ombre décroît , à mesure Que le jour monte dans les cieux.

Là sont tant de larmes versées

PeDdant ton exil sous les deux,

Tant de prières élancées

Du fond d'un cœur tendre et pieux;

Là tant de soupirs^de tristesse,

Tant de beaux songes de jeunesse.

Là lés amis qui font quitté.

Épiant ta dernière baleine ,

Te tendent leur main, déjà pleine

Des dons de Timmortalité I

Ne vois-tu pas des étincelles Dans les ombres poindre et flotter ?

N'entends-tu pas frémir les ailes De l'esprit qui va remporter?

Bientôt, nageant de nue en nue.

Tu vas te sentir revêtue Des rayons du divin séjour.

Comme une onde qui s'évapore Contracte, en montant vers l'aurore, La cbaleur et l'éclat du jour.

Encore une beure de souffrance.

Encore un douloureux adieu :

Puis endors-toi dans l'espérance.

Pour te réveiller dans ton Dieu I Tel, sur la foi de ses étoiles.

Le pilote pliant ses voiles Pressent la terre sans la voir.

S'endort en rêvant les rivages.

Et trouve, en s'éveillant, des plages Plus sereines que son espoir.

>^> BtfmoQîe a été écrite à Paris, en 1830, qoelqaes mois ayant la révo- -v3 àK Juillet. J^étais en congé.

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