‹ Œuvres de LamartineChapitre 54 sur 145 · PRIÈRE · texte numérisé non relu

PRIÈRE

G toi dont l'oreille s'incline Au nid du pauvre passereau.

Au brin d'herbe de la colline Qui soupire après un peu d'eau ;

Providence qui les console.

Toi qui sais de quelle humble main

S'échappe la secrète obole

Dont le pauvre achète son pain;

Toi qui tiens dans ta main diverse L'abondance et la nudité, Afln que de leur doux commerce Naissent justice et charité :

Charge-toi seule, ô Providence, De connaître nos bienfaiteurs.

Et de puiser leur récompense Dans les trésors de tes faveurs I

Notre cœur, qui pour eux t'implore, A l'ignorance est condamné ;

Car toujours leur main gauche ignore Ce que leur main droite a donné.

Mais que le bienfait qui se cache Sous rhumble manteau de la foi A leurs mains pieuses s*attache, El les trahisse devant toi !

Qu*un vœu qui dans leur cœur commence.

Que leurs soupirs les plus voilés, Soient exaucés dans ta clémence Avant de fêtre révélés !

Que leurs mères, dans leur vieillesse, Ne meurent qu'après des jours pleins!

Et que les fils de leur jeunesse No restent jamais orphelins !

Mais que leur race se succède Gomme les chênes de Mambré, Dont le vieux tronc aux ans ne cède Que quand le jeune a prospéré I

Ou comme ces eaux toujours pleines, Dans les sources de Siloé, Où nul flot ne sort des fontaines Qu'après que d'autres ont coulé!

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