PRIÈRE
G toi dont l'oreille s'incline Au nid du pauvre passereau.
Au brin d'herbe de la colline Qui soupire après un peu d'eau ;
Providence qui les console.
Toi qui sais de quelle humble main
S'échappe la secrète obole
Dont le pauvre achète son pain;
Toi qui tiens dans ta main diverse L'abondance et la nudité, Afln que de leur doux commerce Naissent justice et charité :
Charge-toi seule, ô Providence, De connaître nos bienfaiteurs.
Et de puiser leur récompense Dans les trésors de tes faveurs I
Notre cœur, qui pour eux t'implore, A l'ignorance est condamné ;
Car toujours leur main gauche ignore Ce que leur main droite a donné.
Mais que le bienfait qui se cache Sous rhumble manteau de la foi A leurs mains pieuses s*attache, El les trahisse devant toi !
Qu*un vœu qui dans leur cœur commence.
Que leurs soupirs les plus voilés, Soient exaucés dans ta clémence Avant de fêtre révélés !
Que leurs mères, dans leur vieillesse, Ne meurent qu'après des jours pleins!
Et que les fils de leur jeunesse No restent jamais orphelins !
Mais que leur race se succède Gomme les chênes de Mambré, Dont le vieux tronc aux ans ne cède Que quand le jeune a prospéré I
Ou comme ces eaux toujours pleines, Dans les sources de Siloé, Où nul flot ne sort des fontaines Qu'après que d'autres ont coulé!