‹ Œuvres de LamartineChapitre 61 sur 145 · SOUVENIR · texte numérisé non relu

SOUVENIR

A LA rRINCESSE D'ORANGK

Il creusait dans la mer son sillage dVcniiie, U naurc grondant qui respire le feu; Nous suirions cette côte oi'i le Vésuve fume : L»'scypr('»s étaient noii-s, Te^u verte, le ciel bleu.

l ne ^ajnie enjouée, en poursuivant la poupe, h*s perles de la mer aspergeait le bateau, <^<»nime le buis bénit qu'on trempe dans la coupe "^«ir le front des passants jette le sel et Feau.

Lt nuit dYté, semblable à Téternelle aurore, \"us rejçardait d'en haut avec ses milliers d'yeux; L»'> «Hoiles, ces fleurs que minuit fait éclore, NaiiViient sous notre doigt dans les jardins des cieux.

Le ^asle pont roulait, charmant berceau de femmes; <»u voyait pour dormir leur front se renverser, «jiiand, sous leurs coudes blancs, le lit des grandes lames >'»*riflait et se creusait, comme pour les bercer.

Le vent sonore et chaud qui soufflait des rivages. Invisible contact de l'invisible amant.

Écartait les cheveux de ces pâles visages. Que la lune baisait du haut du firmament.

Les unes retenaient leure muettes haleines; Les autres, par des chants, cherchaient à s'assoupir; Les plus jeunes pleuraient d'ivresse, urnes trop pleines Où la tendresse écume et déborde en soupir.

Parmi ce blond essaim de figures pensives. Mes yeux en suivaient une, accoudée à Técar , Dont le front se marbrait de pâleurs fugitives. Qui sondait plus d'espace et d'éthêr d'un regard.

L'extase contenue abaissait ses paupières

Sur ses yeux inondés de sa félicité;

Ses lèvres semblaient dire au Dieu de ses prières :

« Ah ! fais-moi de cette heure une immortalité I »

Et moi, ce qui gravait ces nuits dans ma mémoire. Ce n'était pas l'odeur du vent de ces climats. Les astres, les cyprès, les flots d'or et de moire. Les groupes de beautés jouant au pied des mâts :

C'était ce front pensif, et ce regard sans flamme. Plus profond que l'abîme, hélas! et plus amer. Et ce léger soupir qui soulevait une âme Pure comme le ciel , grande comme la mer !

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