‹ Œuvres de LamartineChapitre 65 sur 145 · A M. CABARRUS · texte numérisé non relu

A M. CABARRUS

Au printemps, les lis des champs filent Leur tunique aux cliastes couleurs; Les gouttes que les nuits distillent Le matin se changent en fleurs.

La terre est un faisceau de tiges Dont rôdeur donne des vertiges Qui font délirer tous les sens; Les brises folles, les mains pleines, Portent à Dieu,' dans leurs haleines.

Tout ce que ce globe a d'encens.

En été, les feuillages sombres.

Où flottent les chants des oiseaux.

Jettent le voile de leurs ombres

Entre le soleil et les eaux;

Des sillons les vagues fécondes

Font un océan de leurs ondes,

Où s'entre-choquent les épis;

Le chaume, en or changeant ses herbes.

Fait un oreiller de ses gerbes Sous les moissonneurs assoupis.

Ainsi qu'une hôtesse attentive Après le pain donne le miel, L'automne à l'homme son convive Sert tour à tour les fruits du ciel : Le raisin pend, la figue pleure, La banane épaissit son beurre, La cerise luit sous l'émail, La pèche de duvet se pluche.

Et la grenade, verte ruche.

Ouvre ses rayons de corail.

L'hiver, du lait des neiges neuves

Couvrant les nuageux sommets.

Gonfle ces mamelles des fleuves

D'un suc qui ne tarit jamais.

Le bois mort , ce fruit de décembre ,

Tombe du chêne que démembre

La main qui le fit verdoyer,

Et, couvé dans le creux de l'âtre.

Il rallume au souffle du pâtre

Le feu, ce soleil du foyer.

0 Providence î ô vaste aumône

Dont tout être est le mend'iant î

Vœux et grâce autour de ton trône

Montent sans cesse en suppliant.

Quels pleurs ou quels parfums répandre?.

Hélas ! nous n'avons à te rendre

Rien, que les dons que tu nous fais.

Rerois de toute créature

Ce Te Deum de la nature »

Ses misères et tes bienfaits!

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