‹ Œuvres de LamartineChapitre 99 sur 145 · II. ÎO · texte numérisé non relu

II. ÎO

SAUL

On ne le fléchit pas.

Inexorable, au gré de son onlre suprême 11 conduit les mortels, lés peuples, les rois même: Aveugles instruments de ses secrets desseins. Tout tremble devant nous; nous treniblons dans ses mains. Sous les doigts du potier Targile est moins soumise. Et Dieu, quand il lui platt, nous rejette et nous brise; Il m'a brisé, mon fils! j'ai régné, j'ai vécu! Bientôt ma race et moi nous auix)ns disparu !

JONATHAS

D'où vous vient, ô mon roi! cet eflrayant augure?

SAUL

Ah ! je lis mon arrêt sur toute la nature I

In fantôme implacable agite mon sommeil.

Un fantôme implacable assiège mon réveil.

Mille songes affreux, sans liaison, sans suite,

Sont présents à toute heure à mon âme interdite :

Un jeune homme expirant sous un coup inhumain!...

Un vieillard malheureux se perçant de sa main !...

Un trône en poudre... un roi dont le destin s'achève.

Un astre qui s'éteint... un autre qui se lève...

De la joie et du sang!... un triomphe!... un cercueil!...

Et des chants de victoire ! et des accents de deuil !

Ce désordre confus et ces sombres images

Peut-être du sommeil sont-ils les vains ouvrages.

J'ai fait pour les lier des effoiis superflus :

Mon fils, depuis longtemps Dieu ne m'éclaire plus !

JONATHAS

Demandez-lui, seigneur, sa force et sa lumière; Espérez tout de lui I

SAUL

Que veux-tu que j'e^ère?

Où sont mes dc^fensoui's? où sont mes compagnons? Le glaive a moissonné leurs vaillants bataillons; Au milieu des combats ils sont tombés sans vie : Je foule leur poussière, et je leur porte envie! Ils sont morts sans leur frère en vengeant leur pays î C'est moi qu'il faut pleurer, puisque je leur sunis! Quel appui, Dieu puissant, reste-t-il à ta cause? Sur quel héros faut-il que mon bras se repose? In vieillaitl, un enfant, une femme et des pleurs, Voilà donc mon espoir I voilà donc tes vengeurs I

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