‹ Œuvres de LamartineChapitre 100 sur 145 · MI COL · texte numérisé non relu

MI COL

Il en restait un autre !

SAUL

Et qui donc?

JONATHAS

0 mon père, N'aviez-vous pas deux fils? n'avais-je pas un frère?

SAUL

Que dites-vous? ô ciel! oli! regrets superflus! Oui, David fut mon fils: hélas! il ne Test plus. David n'est plus mon fils!... Ah! s'il Tétait encore I S'il entendait la voix du vieillard qui l'implore! Si le Seigneur pour nous armait encor sa main De la foudre sacrée ou d'un glaive divin ! 11 rendrait à mes sens la force et la lumière , Et l'ennemi tremblant, couché dans la poussière. Sous nos coups réunis tomberait aujourd'hui ! Car David est ma force et Dieu marche avec lui. Mais j'ai brisé moi-même un appui si fidèle ; C'est par des attentats que j'ai payé son zèle; David n'est plus mon fils I je l'ai trop outragé ! Si mon malheur le venge , il est assez vengé.

JONATHAS

A ce héros, seigneur, rendez plus de justice ! Ah ! s'il savait son prince au bord du précipice , Ce héros généreux viendrait, n'en doutez pas. Se venger de vos torts en vous offrant son bras !

SAUL

Ah! tu dis vrai, peut-être; oui, ce cœur magnanime Est fait pour concevoir un dessein si sublime. Mais séparé de nous, au fond de ses déserts, 11 n'a point entendu le bruit de nos revers ! Il ne reviendra pas me ramener ma gloire !

JONATHAS

Eh bieni seigneur, eh bien ! ce que vous n'osez croire. Ce fils reconnaissant pour vous Ta déjà fait.

SAUL

0>iel !

JONATHAS

Oui , de ces lieux s'approchant en secret, David, humble et tremblant, attend dans le silence Que son père et son roi l'admette en sa présence.

SAUL

Quoi 1 David ?

JONATHAS

Oui, David, en ce danger pressant.

Veut vous offrir sa tête, ou vous donner son sang.

SAUL

Ah ! béni soit le ciel qui vers nous le renvoie ! David? où donc es-tu ? Courez, que je le voie I

RECUEiLLEMEiNTS POÉTIQUES. 453

Je brûle de serrer dans mes bras attendris Le salut dlsraël , mon vengeur et mon (Ils !

(liicol et Junathas se retirent.)

SALL, Heul.

Je vais donc le i*evoir ! jour heureux et terrible !

Pour un cœur grand et fier, 6 Dieu ! qu'il est pénible

De s'offrir dans l'opprobre et dans l'adversité

Aux reganls d'un héros qu'on a pei*sécuté!

Mais que dis-tu, Saûl? Dans ce moment suprême,

Sois juste, et tu seras plus grand qu'il n'est lui-même!

MU

Page 1