CHAPITRE IV. x
dai si ses leçons lui étoient bien payées. Pas trop bien me répondit-il, je ne sais de quelle couleur est l'argent de monsieur le marquis; je viens pourtant ici, depuis six mois , trois fois la semaine. Vous êtes , ajoutat-il, dans le même cas apparemment? Vous l'avez dit, lui repartis-je; et malheureusement pour moi , je n’ai pas vos ressources : vous avez vingt écoliers; s’il y en a dix qui ne vous paient point, vous tirez du moins des dix autres de quoi entretenir votre table, et faire rouler votre petit équipage. Je suis, comme vous voyez, plus à plaindre que vous.
Après avoir encore inutilement fait quelques tentatives pour attendrir le barbare Pampano, je pris le parti de faire connoitre mes besoins au marquis. J’eus bien de la peine à m y résoudre; néanmoins la nécessité m y força. Je représentai à ce seigneur l’embarras où je me trouvois, et les démarches inutiles que j a\ois faites auprès de don Gabriel , quoique je n’eusse demandé qu une très petite somme en comparaison de celle qui m’étoit due. J,e marquis fut, ou , pour parler plus juste, parut fort en colere contre son intendant, dit qu il lui laveroit la tète , et qu’il prétendoit que je lusse payé régulièrement de quartier en quartier.
Qui n eut pas cru, apres cela, que j allois toucher pour le moins une cinquantaine de doublons ? Je n’en fus pas toutefois plus avancé, soit que Pampano et son maître fussent en effet fort près île leurs pièces; soit que, ce qui est plus vraisemblable, ils s’entendissent tousdeux pour me traiter comme leursautres créanciers.
J étois dans un état trop violent pour ne pas m'efforcerd en sortir. J’employai, pour la quatrième fois, le
Le Bachelier.
i8 LE BACHELIER DE SALAMANQUE,
père Thomas, qui, compatissant à mon malheur, me fit entrer chez un contador. Mais, avant que de quitter le marquis, je lui écrivis une lettre, dans laquelle je lui représentois respectueusement que, n’étant pas assez riche pour continuer à lui rendre service sans intérêt, j’étois dans la nécessité de chercher une autre maison que la sienne; ce que je le suppliois très humblement de ne pas trouver mauvais. Car, quelque juste sujet que puisse avoir un homme du commun de n’être pas content d'une personne de qualité, encore est- il oblige de filer doux avec elle.