‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 123 sur 236 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

besoin de vous le protester, ajouta-t-elle en regardant avec un sourire mes deux compagnons, vous devez, déjà vous en être aperçus. Enfin, notre pèlerinage (il la matière de notre entretien pendant le soupe, et nous fournit mille plaisanteries, qui nous amusèrent agréablement jusqu’au milieu de la nuit. Alors plusieurs domestiques, qui portaient des (lambeaux, parurent pour nous conduire aux appartements qui nous avoienl été prépares : ainsi les trois pèlerins, au lieu de reprendre le chemin de l’écurie pour y coucher sur la paille, allèrent se reposer, comme des inquisiteurs, dans des lits de duvet.

Le lendemain, dans la matinée, ma sœur m’envoya dire qu elle vouloit avoir une conversation particulière avec moi. Je me rendis à son appartement, où m’ayant lait asseoir au chevet de son lit : Mon frère, me ditelle, je suis contente de don Grcgorio : il se repent de m avoir offensée. Il en a, dit-il, depuis dix ans des remords qui le suivent comme autant de furies. Il me eherchoit partout pour expier par le mariage son mauvais procédé. 11 me retrouve, il m’offre sa main; et, plus épris de ma personne que jamais, il me jure un éternel amour. Il a rallumé dans mon cœur tous les feux qu’il y avoit fait naître à Cartliagène, et j’accepte son offre avec transport.

J applaudis a ce discours de ma sœur. Vous faites bien, lui dis-je; Clévillente est votre premier vainqueur; et le gage de votre amour doit vous le faire regarder comme un époux qui vous rejoint après avoir été long-temps sépare de vous. Ces paroles firent rougir 'loua f rancisca, qui me dit : Je crois, mon frère, que

igH LE BACHELIER DE SALAMANQUE, vous voudrez bien nie pardonner de vous avoir fait un mystère de ce gage dont vous parlez; lorsqu’une fille tendre raconte son histoire, il ne faut pas trouver mauvais qu’elle en supprime quelque circonstance. Ah ' vraiment, lui répondis-je, ma chère sœur, je vous le pardonne volontiers; mais aussi qu’il me soit permis de vous entretenir aujourd’hui de Francillo. 11 n’y a jamais eu d’enfant plus aimable. Quand vous 1 aurez vu, vous le plaindrez d’avoir été privé de vos caresses dans sa première enfance, et vous avouerez qu’il mérite bien que son père et sa mère le reconnoissent pour leur légitime héritier. Enfin je plaidai si bien la cause de mon neveu , que dona Francisca s’attendrit sur son sort jusqu’à verser des larmes. Francillo, lui dis-je, n’est plus à plaindre, puisque le ciel rassemble ici ses parents , et que l’hymen va les unir tous deux : ils fixeront son état, et par-là ils donneront un nouveau membre à la noblesse de Valence.

Après nous être entretenus assez long-temps de Francillo, nous parlâmes de la mort de don César, notre frère, et du ricbe héritage qu’il m’avoit laissé. Ma sœur je lui dois cette justice ), au lieu de témoigner un avare regret de n’y avoir point eu de part, fut assez généreuse pour m’en féliciter de bonne foi. Tl est vrai qu étant encore mieux que moi dans ses affaires, et sur le point d’épouser un gentilhomme opulent, elle devoit être contente de sa fortune. Notre entretien finit par des questions qu’elle me fit sur mon mariage , et elle eut tout lieu de juger, par mes réponses, que je ne me repentois pas de m’être marié.

Après cette conversation, j’en eus une autre avec

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