‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 13 sur 236 · CHAPITRE A · texte numérisé non relu

CHAPITRE A

sédoit, celui d'être ingénieuse à inventer les moyens d’avoir des entretiens secrets avec ses amants; et c’éloil un art dont elle avoit besoin dans une maison ou elle avoit à craindre le ressentiment d'un galant qu’elle vouloit quitter pour moi, ou du moins à qui elle prétendoit donner un associé. 1 .e valet de chambre de mon disciple étoit ce galant sacrifié. Ni se apparemment n’ayant pas trouvé dans ses hommages de quoi contenter sa vanité, s’éloit avisée d’aspirer à la conquête de monsieur le précepteur.

Quoiqu'il en soit, triomphant démon rival, sans savoir que j’en eusse un, je jouissois tranquillement d’un bonheur qu’il n'ignora pas long-temps. Il eut quelque vent des conversations furtives que j’avois avec sa princesse; et , pour s’en venger, il se résolut à nous perdre tous deux. Il n’éclata point d’abord, n’ayant pas contre nous de plus fortes armes que des soupçons qui ne prouvoient rien; il s’y prit avec plus de prudence : il mit dans ses intérêts tous les laquais du logis; et cette canaille, ordinairement ennemie des précepteurs, entra sans peine dans le projet de sa vengeance. De sorte que Nise et moi, observés par tant d'espions, nous ne pûmes éviter le malheur d’être surpris dans un tête-à-tête.

Cette aventure fit un éclat terrible dans la maison du contador. Tous les domestiques à l’envi s’égayèrent a mes dépens. Monsieur, contre l’ordinaire de ses confrères, qui se soucient fort peu que ces sortes de scènes se passent chez eux, prit cette affaire au point d’honneur, et se mit dans une colère effroyable. Madame, encore plus scandalisée que monsieur, dit que c’etoit une chose qu’on ne devoil point pardonner. Comment,

s’ecria-t-elle, un homme à qui je croyois des sentiments, du goût, s’amuser à une suivante! Enfin, le résultat de cela fut que la catastrophe tomba sur moi. Porcia,qui aimoit sa soubrette, ou qui lui avoit peut-être confié des secrets importants, se contenta de la gronder, et moi , je fus honteusement chassé comme un suborneur, à cause que je n’avois pas fait voir des sentiments plus nobles.

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