CHAPITRE \l IV
nous, qu'il en est un peu redevable au seigneur don Juan de Salzedo, son premier secrétaire, (pii est un homme de mérite, et sur lequel il a raison de se reposer des plus pénibles soins de la vice-royauté.
J interrompis Tobie pour lui demander si don Juan de Salzedo, dont d parloit, n a voit pas été employé dans les bureaux du duçd Uzède. Oui, vraiment, me répondit-il; et d y seroil encore, si, depuis la mort de notre bon roi Philippe 111, le due d’Uzède n’eût point été exilé: mais, immédiatement après la disgrâce de ce ministre, don Juan a quitté la cour pour venir trouver à Mexico le comte de C.elves, qui est de ses anciens amis, et dont il est plutôt le collègue que le secrétaire.
Je fus ravi d'apprendre, par cette nouvelle, que je serois à Mexico en pays de connoissance ; car don Juan de Salzedo éfoit ce meme secrétaire qui m’avoit fait choisir pour aller porter à INaples des dépêches importantes au duc d’Ossone, et qui avoit la mauvaise habitude de citer à tout propos des passages d’auteurs latins. Je dis au muletier (pie je connoissois ce don J uan de Salzedo, cl même que je pouvois me vanter d’avoir autrefois été de ses amis. Ah ! seigneur gentilhomme, s’écria là-dessus maître Tobie avec beaucoup de vivacité, (pie vous êtes heureux d’avoir un ami de celte importance ! J’ignore ce qui vous amène à Mexico ; mais, dans quelque dessein (pie vous y puissiez venir, soyez sûr que vous réussirez, puisque vous connoissez un homme qui dispose de tous les emplois que le viceroi peut donner, et qui, pour ainsi dire, est la cheville ouvrière du gouvernement.
Lorsque le muletier Tobie eut parlé de cette sorte
2^4 le bachelier de .salamanque.
fin comte de Gelves et de son secrétaire, il se remit sur les agréments de Mexico. Quand vous aurez vu, nous dit-il, cette ville et ses environs, vous conviendrez que s il y a quelque pays sur la terre qui soit comparable au paradis terrestre, c’est celui-là. L’Andalousie et la Lombardie, si vantees par les voyageurs, n’en approchent point; et sur cela maître Tobie nous en lit une description assez intéressante, mais si longue, qu elle n étoit pas encore finie quand nous arrivâmes à Xalapa, première bourgade qu’on trouve sur le chemin, et dans laquelle y a une hôtellerie ordinairement bien pourvue de toutes* sortes de provisions.