‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 152 sur 236 · CHAPITRE Ml. 2(i · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ml. 2(i

Mais si mes oreilles ne lurent frappées d'aucune raillerie que je j>usse m'appliquer, je n’en lus pas pour cela quitte à meilleur marché. Comme il s’agissoit dans cette comédie de l'enlèvement d’une femme, celui de doua Pailla, que je commençois à oublier, vint tout a coup se retracer vivement à mon souvenir , et me causa un trouble inconcevable, .l'eus beau me contraindre, et faire tous mes efforts pour me rendre maître des secrets mouvements qui m’agitoient, il me fut impossible de les cacher à Sal/edo, qui, remarquant de l’altération sur mon \ isage, me dit en souriant: Oh! oh ! il me paroît que la pièce vous intéresse. On ne peut pas davantage, lui répondis-je en rougissant. Que l’auteur possède bien l’art de remuer les passions ! Mais il faut avouer aussi que voilà d’admirables acteurs. Je suis charmé principalement de celui qui joue le rôle du marié : il représente si parfaitement un tendre époux à qui l’on a enlevé sa femme, qu’il me communique sa douleur. Je me mets à sa place; je m'imagine avoir perdu une épouse chérie : je souffre autant que lui.

Ma réponse fit rire le secrétaire et les deux dames de notre compagnie. Ils se moquèrent tous trois de l’excès de ma sensibilité. Je les laissai s’égayer à mes dépens tant qu’ils voulurent, aimant beaucoup mieux essuyer leurs plaisanteries, que de leur apprendre ce que j’élois bien aise qu ils ignorassent. M’étant remis du désordre où avoient été mes esprits, je dis à Salzedo, lorsque la pièce fut finie : Je suis satisfait du dénoûment de cette pièce: le marié, au lieu de s’abandonner sottement au désespoir, comme j’ai cru d’abord qu’il alloit fiure, prend sagement le parti de se consoler. Il fait bien.

2t)” LE BACHELIER DF, SALAMANQUE, îépondit don Juan, puisque la mariée paroît être d’ac- (oïd avec son ravisseur : si j’avois le malheur de me li ouver dans ce cas, je né scrois pas, je vous assure, assez sot pour me laisser mourir de chagrin d’avoir perdu une femme qui m’auroit trahi.

Comme je n etois pas la-dessus d un autre sentiment que Salzedo , l'impression que la Nobia sonsacada venoit de faire sur mon esprit en fut bientôt effacée; ou plutôt je profitai de cette pièce en épousant les sentiments du marie, et en prenant de nouveau la résolution d’oublier dona Paula.

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