CHAPITRE LV II
Le licencie Carambola commence a raconter l'histoire de son voyage aux Indes occidentales. Il rencontre un de ses camarades de college ; ce qu 'il était. Il prend le parti de le suivre , et se fait religieux.
Vous savez bien, dit-il, que vous me laissâtes à Barcelonne précepteur d’un enfant gâté; je vous témoignai , s'il vous en souvient , que j’étois fort satisfait de mon poste, que j’y avois tous les agréments qu’un pédagogue puisse trouver dans une maison, et que, selon toutes les apparences, je 1 occuperois long-temps. ( Cependant je fus obligé de le quitter. On me remercia, que dis-je.’ on me congédia, même assez malhonnêtement. \ oici pourquoi : un jour que j’étois très mécontent de mon petit gentil boni me , à qui je ne pouvois faire entrer
2bS le BACHELIER DE SALAMANQUE, dans la tête un principe de la langue latine , il m’arriva doncd oublier (ju il m’avoit été défendu de le châtier, de peur de le chagriner et de le rendre malade ; je lui tirai les oreilles, un peu rudement à la vérité. 11 poussa des cris comme si je l'eusse écorché tout vif. Sa mère, qui les entendit, accourut, et, trouvant son lils tout en pleurs, me traita de brutal. Le père, qui n’étoit pas maître chez lui, voulut parler en ma faveur; mais on le lit taire comme un petit garçon, et l’on me mit à la porte sans autre forme de procès.
Quelques jours après avoir été chassé de la sorte , comme je me promenois tout seul sur le port en rêvant à la mauvaise situation de mes affaires , |e rencontrai deux pères de Saint- Dominique, dont je reconnus un pour avoir fait mes études avec lui à l'université d’Alcala. Il me remit aussi dans le moment. Nous nous abordâmes l’un l’autre, et, nous étant cordialement embrassés, nous commençâmes à nous entretenir des petits tours que nous avions faits ensemble au collège à nos professeurs. Après cela il m’apprit qu’il venoit de Solsone , avec son compagnon , pour s’embarquer à Barcelonne sur un vaisseau qui devoit le lendemain prendre la route de Cadix, où ils étoient attendus tous deux dans leur couvent, l’un pour y professer la philosophie, et l’autre, la théologie. J’envie votre bonheur, mes pères, leur dis-je en soupirant, et je me repens bien de n’avoir pas embrassé, votre état plutôt que de m'être fait galérien, car c’est ainsi que j’appelle un pauvre diable de précepteur.
Mon camarade d’école se mit à rire en m’entendant parler dans ces termes. Je ne savois pas , me dit-il , que