CHAPITRE I. \ II. 28q
la condition d'un précepteur fût une galère. Je vous 1 apprends donc, lui repondis-je, et vous pouvez vous en fier à moi. J’avoue cju il n’y a point de règles sans exception, et tju d y a des maisons où I esclavage des pédagogues est doux, ou du moins supportable. Chez une prude et vieille devote, par exemple, un précepteur hypocrite n'est pas malheureux : il possède la confiance de la patronne, qui 11e voit que par ses yeux, et qui , pour p ri x des complaisances intéressées qu il a pour elle, fait quelquefois une généreuse mention de lui dans un testament. Mais de pareilles places sont bien rares, et pour moi jusqu ici je n’en ai trouvé que de misérables.
Je suis fâché, reprit le même moine , que vous 11e soyez pas content de votre sort. Je vous souhaiterais que vous le fussiez autant que je le suis du mien. Si tou! le monde savoit jusqu à quel point nous sommes heureux, nous autres jacobins, nos cloîtres 11e pourraient contenir tous les hommes qui s’empresseraient à les venir habiter. Ah! père, m écriai-je, vous augmentez par ce discours le îegret que j ai de n avoir pas pris 1 habit fortune de Saint-Dominique. Si vous parlez sérieusement, me dit-il, je vous le ferai endosser quand il vous plaira. Il en est temps encore. Profitez de 1 occasion. Venez avec nous à Cadix : je vous présenterai au révérend père Isidore, piieur de notre maison, et je suis assuré qu’il vous recevra volontiers parmi nous, lorsqu il apprendra que vous avez fait du bruit dans les écoles d’Aleala, où j’ai étt témoin de vos brillantes etudes. Je me souviens
encore qu on vous appeloit par excellence aquila theologiœ.
Le Bachelier.
2go le BACHELIER DE SALAMANQUE.
Oui, seigneur licencié, continua- t-il, le père Isidore vous regardera comme une excellente acquisition pour notre ordre, et me saurabon gré de la lui avoir procurée. Déterminez -vous, voyez ce que vous voulez faire. Je vous prendrois au mot, lui répondis- je, et partirais avec vous pour Cadix, si j’étois assez bien en espèces pour faire les frais du voyage et de ma réception; mais je vous avouerai franchement que je n’ai pour tout bien qu’un doublon, encore en dois -je les trois quarts à l’auberge où je mange depuis que je suis hors de condition.
Vous n’avez pas besoin d’argent avec nous, dit alors l’autre moine, nous sommes en état de vous défrayer sur la route : et quant à votre réception , comptez qu'elle se fera gratuitement en faveur de votre mérite. He bien , y a-t-il encore quelque difficulté à lever? Non, lui repartis-je, il n’y en a plus. En vérité, mes pères, vous m’inspirez de la vocation ; je suis prêt à vous suivre.
Mes confrères futurs me parurent charmés de me voir disposé à les accompagner. Sans adieu, frère, me dit mon camarade de classe, nous aurons tout le temps de nous entretenir. Nous vous quittons, ajouta-t-il en me montrant du doigt un bâtiment qui étoit dans le port , pour aller faire porter à bord de ce vaisseau toutes les provisions nécessaires pour notre voyage : car nous ne sommes pas gens à nous embarquer sans biscuit. Venez nous joindre là ce soir : nous partirons demain avant le jour.