‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 169 sur 236 · CHAPITRE LIX. 3o · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIX. 3o

gieuse, toute jeune qu'elle est, mérite d’avoir la préférence sur toutes scs compagnes.

Vous l'avez vue, continua-t-il, vous l’avez vue au parloir; mais elle n’a fait que paraître devant vous un instant. Vous ne savez pas tout ce qu’elle vaut : il faut I avoir entretenue plus d'une fois, il faut la connoître enfin pour la bien apprécier, pour apercevoir son mérite dans toute son etendue. Qu’elle a d’esprit! Ouvre-t-elle la bouche pour parler? c’est un bon mot qui lui échappe. Est -il question de raisonner? ses raisonnements sont justes et solides. Une fille de vingt -deux ans, que cela est aimable ! Mais ce qu’on ne peut assez louer, et ce qui seul la rend digne d’être supérieure , c’est son extrême douceur. Heureux effet de son tempérament et de sa vertu! Exempte de ces saillies d’humeur que les personnes les plus raisonnables ne peuvent quelquefois retenir, elle conserve une tranquillité d’âme que rien ne peut troubler. En un mot, elle réunit en sa personne toutes les qualités aimables et estimables. C est ce mérite rare qui m’intéresse pour elle; et, entre nous, je ne pense pas que sa jeunesse doive l’exclure d un rang pour lequel je la trouve née.

Je vis bien par ce discours que monseigneur se laissent un peu trop dominer par son amitié pure et délicate pour Angela , et son projet me parut extravagant Néanmoins, ce que je me reprocherai toute ma vie, au lieu de le combattre, et de lui en représenter le ridicule, je 1 approuvai contre ma conscience, pour faire ma cour au prélat, et gagner ses bonnes grâces. U est ainsi que les grands trouvent presque toujours dans les personnes du commun des ministres tout prêts

îo4 LE BACHELIER DE SALAMANQUE, à servir leurs passions. J’assurai sa grandeur que je lui étais entièrement dévoué, et que j’allois faire tout mon possible pour m’acquitter heureusement de la commission dont elle m'honoroit. Le vieil évêque , ravi du zèle que je marquois pour son service, m’embrassa d’un air affectueux ; et par ses caresses , qui flattoient ma vanité , il acheva de me faire épouser sa folle entreprise.

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