‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 17 sur 236 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

guez avec précipitation; quelle horrible injustice vous fai tes à madame! Pourroit-elle être capable d'une intrigue galante, elle que l’ombre même du crime épouvante? Connoissez mieux dona Louise. Si, sans pouvoir s’en défendre, elle cède à l'amour qu’elle a pour vous, ne pensez pas qu’elle ait envie de le satisfaire aux dépens de sa vertu. Vous le dirai- je? elle s’est déterminée à vous épouser.

Je lus un peu ému de ces dernières paroles. Sage et discrète Rodriguez, répliquai -je «à la vieille suivante, quand madame voudroit m honorer de sa main, ses parents ne traverseraient- ils pas ce mariage? Dona Louise , me repartit la vieille, est maîtresse de ses actions. Outre cela, vous êtes, ce me semble, de race noble; et d’ailleurs elle prétend se marier si secrètement, que personne n'en sache rien. Quand je vis que ma veuve éloit assez folle pour vouloir pousser les choses si loin, je ne crus pas devoir être assez fou pour my opposer. Je priai Rodriguez de remercier de ma part sa maîtresse de ses bonnes intentions pour moi , cl de 1 assurer que j étois disposé à y répondre.

Je donnai a la soubrette le temps de rendre compte de cet entretien à Dona Louise, après quoi j’allai lui confirmer moi-même le rapport qu’elle devoit lui avoir lait. Madame, dis-je a ma tendre veuve en me jetant à scs genoux, est-il possible que vous ayez laissé tomber vos regards sur un homme si peu digne de vous posséder! Je n ose qu en tremblant y ajouter foi. Ne me blâmez pas vous-même, répondit la dame, de ce que je veux faire pour vous. Lorsque je ferme les yeux sut ' r 4U *1 y a ‘1(! plus repréhensible dans mon dessein .

est-ce à vous à me les ouvrir? Profitez de ma foiblesse, au lieu tic la condamner. Ce que Rodriguez vous a dit est véritable; vous m’avez plu; et bientôt un mariage secret joindra nos destinées , pourvu que vous soyez aussi sensible que vous devez l’être à mes bontés.

Ab! Madame, repris -je en baisant avec transport une tle ses mains sècbes, croyez-vous qu’un homme qui a des sentiments puisse payer d’ingratitude le sort agréable que vous lui réservez? Non, non, soyez bien persuadée que ma reconnoissance égalera l’excès de mon bonheur.

J’accompagnai ces paroles d’un air et d’un ton des plus séduisants; je fis le passionné; mais s’il y avoit de l’art dans mes démonstrations, il y avoit aussi du naturel. Je me sentois si pénétré des bontés de la dame, que mes yeux déjà commençoient à faire grâce à sa vieillesse.

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