CHAPITRE C\\ 3o
tu le talent de Caruéadès 1 pour persuader, l’nfin je lis si bien, qu’en moins de huit jours je m’assurai du suffrage île la plupart de ees daines.
Je portai cette agréable nouvelle à monseigneur, qui la reçut avec des transports de joie inexprimables, et me lit des remercîments qui partoient du fond du cœur. Il nu' lit outre cela présent d'une montre d’or qu d m obligea d’accepter, et que je reçus quoique dominicain. Après m’avoir donné mille marques d’affection, il me pria d aller voir la jeune mère de Montalvan, pour 1 informer de l'heureux effet de mes soins; ce que je lis volontiers. Je vole au couvent de la Conception. Je demande la mère Angola; elle vient au parloir, et nous nous entretenons. Je lui rendis compte de ce que j’avois fait pour elle, et je l’assurai que vraisemblablement elle ne pouvoit manquer d'être supérieure. Là-dessus elle me remercia de mes peines, et lit éclater sa reconnoissancc dans des termes et d’un air dont je tus enchanté. Que je découvris d agréments dans sa personne! J'admirai les qualités estimables qui faisoient que monseigneur s’intéressoit tant pour elle.
Cependant le jour de l’élection approchoit, et nous aurions sans doute eu la pluralité des voix, si toutes les anciennes mères de la communauté n’eussent pas réuni leurs suffrages en faveur de la mère Sainte-Brigitte , sœur d’un vieux président de l’audience, et sans contredit le plus digne sujet qu’il y eut parmi elles,
1 Caton le censeur fut d’avis qu’on renvoyât le philosophe Carnéadès, à cause que par son éloquence il éblouissoit les esprits, d< telle sorte, qu’on ne pouvoit plus distinguer le vrai du faux, quand il avoit parlé.
Le Bachelier. 30
Cette reunion , que nous n’avions pas prévue , et qu’après tout nous n’aurions pu prévenir, fit avorter notre entreprise. La discorde se mit dans le couvent; et de plus, le bruit s étant répandu dans la ville qu’on vouloil élire pour supérieure une religieuse de vingt-deux ans, plusieurs des principaux habitants prirent feu làdessus. Ils coururent en foule au monastère l’épée à la main, et menaçant d’enfoncer les portes pour aller défendre leurs fi lies contre la faction suscitée par l’évêque en faveur de la mère de Montalvan. Il fallut, pour détourner les malheurs que ce tumulte pouvoit causer, que le père de cette dame entrât dans le monastère, et qu il employât le pouvoir qu’il avoit sur sa fille pour l’engager à se désister de ses prétentions : ce qu’elle fit, je crois, à son grand regret ; car la petite personne étoitaussiambitieuseque belle. Parce moyen, le désordre cessa, et la paix fut rétablie, tant dans la ville que dans le couvent. Ainsi la mère Angela fut obligée de rester simple religieuse, et de se contenter d’être la plus jolie de sa communauté; ce (pie plus d’une de ses compagnes auroit préféré peut-être à l’honneur d’être supérieure.