‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 179 sur 236 · CHAPITRE EX III · texte numérisé non relu

CHAPITRE EX III

Lue fin si glorieuse n’est pas du goût de tous les eurés. Le père Etienne avoit toujours pris soin de l’éviter. II s’étoit contenté de prêcher la parole de Dieu ;i ses paroissiens, sans aller abattre leurs idoles; et j’aurois, je crois, tort bien fait de suivre son exemple, au lieu de céder a la tentation qui me prit un jour de mériter une place dans le martyrologe. Ayant appris qu’au pied d'une montagne, entre Mixco et Petapa, il y avoit un antre qui receloit une idole, et dans lequel il se tenoit souvent des assemblées furtives, j’en donnai avis aux alcades, en m’offrant bravement à détruire l’idole. Ces officiers louèrent mon zèle et mon courage, et me fournirent une escorte de vingt Espagnols bien armés, a la tête desquels je marchai fièrement vers la caverne au milieu de la nuit.

Nous trouvâmes l’antre éclairé d'une prodigieuse quantité de cierges, et nous vîmes environ une cinquantaine d’Indiennes et d’indiens, dont quelques-uns encensoient 1 idole, tandis que les autres dansoient en chantant ses louanges. Cette idole n etoit rien autre chose qu un gros dragon de bois peint, et élevé sur un autel de pierre. Notre arrivée troubla la fête; et la vue de mes soldats, qui avoient tous l'epée à la main, épouvanta si fort les idolâtres, que, loin de se mettre en devoir de défendre leur divinité, ils ne songèrent qu’à nous échapper.

J ordonnai qu on ne s’opposât pointa leur fuite, et qu'on ne leur fît aucun mal. J’abandonnai ensuite le dragon à mon escorte, qui le brisa en mille pièces. Après quoi je retournai triomphant à Petapa, regardant ce bel exploit comme un service très important rendu à l'cglise.

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