‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 183 sur 236 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

Ce que firent don Chérubin et le père Cyrille apres s être réciproquement conté leurs aventures. Portrait que fait le dernier de son prieur. Don Chérubin est reçu de lui avec plaisir. Ce qui se passe h cette visite.

Lorsque le père Cyrille eut achevé la relation de son voyage, je lui témoignai la joie que j’avois, après une longue absence, de le revoir si honoré et si estimé dans la capitale du Mexique. Je le félicitai sur l’heureux succès de ses sermons, sans lui dire ce que j’en pensois, ou plutôt en lui disant ce que je n’en pensois pas : car je le louai jusqu’à l’appeler l’orateur de Cicéron ; ce que quelque lecteur pourra me reprocher. Monsieur le bachelier, me dira-t-il, on ne doit flatter personne, et surtout ses amis. I) accord : mais je répondrai à cela qu il ne faut pas être sincère à contre-temps, et qu’il vaut mieux applaudir aux louanges que reçoit not re ami , que de lui dire brutalement qu'il ne les mérite point. D’ailleurs le père Cyrille avoit pris son pli, et ma franchise n’auroit pas été moins inutile qu’indiscrète si j eusse voulu me mêler de lui donner des a\is.

Quand je lui eus fait compliment sur la réputation qu il avoit cl être un grand prédicateur, je lui demandai s il étoit content des manières de son prieur à son égard. Est-il bien sensible, lui dis-je, au bonheur qu’il a de vous posséder? Comment en use -t- il avec vous? Le mieux du monde, répondit le Biscayen. J’ai tout lieu de me louer du père Atlianase : il m’honore de sa confiance; il me consulte, et me fait entrer dans mille petits détails qui prouvent qu il a de l'amitié pour moi. Je dirai plus, il ne fait aucune partie que je n’en sois. Régalet-il des séculiers dans son appartement, il m’appelle pour l’aider à faire les honneurs de sa table par ma conversation, qui, sans vanité, n’est pas des plus pesantes. Va-t-il en visite chez des religieuses, je suis son compagnon. En un mot, je partage tous ses plaisirs.

A ce que je vois, lui répliquai-je, ce père Atlianase est apparemment un virtuose ? Sans doute, repartit Carambola. Pour vous en faire le portrait, je vous dirai premièrement qu'il n’a pas encore quarante-deux ans accomplis. Pour sa personne, c’est un de ces grands moines qu’on ne sauroit voir passer dans les rues sans admirer leur bonne mine. Les dames de Mexico sont ravies quand il va chez elles. Outre qu’il a l'esprit des plus amusants, on peut dire que c’est un religieux qui chante bien, et qui sait la musique à fond. Il a de plus le talent, de la poésie; ce qui ne doit pas être compté pour rien. 11 faut, poursuivit-il, que je vous fasse connoître sa révérence. Vous inc ferez plaisir, lui dis-je : un pareil religieux me parait une très bonne connoissance. lié bien, je vais vous la donner tout à 1 heure. En même temps il me prit par la main , et me conduisit

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