‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 195 sur 236 · CHAPITRE LXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIX

article. Au contraire, il me dit un jour, ni ayant vu luire des politesses à un simple bourgeois : Fort bien, mon (ils , fort bien, voilà l’accueil qu’il faut faire à tous les citoyens qui s’adressent a nous. Soit qu’on leur accorde ou qu on leur refuse ce qu’ils demandent, nous devons toujours les renvoyer satisfaits de nos manières.

Je n avois donc pas le défaut qu ont assez souvent les premiers secrétaires, et quelquefois même les derniers commis : je ne iaisois pas le petit ministre. Je dirai plus, je joignois à mon air doux et civil un cœur obligeant. Je rendois tous les services que je pou vois, et principalement aux personnes malheureuses qui venoient implorer mon appui. Par-là j’acquis la réputation d’honnète homme, et gagnai l’estime et l’amitié de toute la ville.

Mon collègue s’applaudissoit de son ouvrage. Il étoit ravi de me voir si bien justifier son choix; et le temps auquel il se proposoit de me donner sa fille étant venu, d me la fit épouser solennellement dans l’église cathédrale de Mexico, en présence du comte et de la comtesse de Gelves, et de tous les officiers de la chancellerie. Les pt incipaux gentdshommes de la vdle assistèrent aussi à celte cérémonie, entre autres don André d’Alvarade , mon ami, et don Joseph de Sandoval, tous deux descendus en ligne directe de ees braves capitaines de Cortès qui ont rendu leurs noms si célèbres. On y vit pareillement don Christoval, petit-fils de ce fameux Gardas Iiolquin, qui se saisit du canot et de la personne du roi Cuahutimoc, successeur tic Montézume. Ln un mot, les cavaliers les plus distingués s’y trouvèrent avec leurs épouses; ce qui forma une brillante

35o LE BACHELIER DE SALAMANQUE, assemblée. Blanche et moi, après avoir reçu la bénédiction nuptiale de la main de l’archevêque, nous retournâmes au palais, oii nos noces furent célébrées avec éclat pendant trois jours : festins, bals, concerts et comédies, tout fut mis en œuvre pour les rendre magnifiques.

Quand les réjouissances furent finies, je m’attachai aux affaires encore plus qu’auparavant; et bientôt monseigneur devint si content de moi, qu’il ne mit presque plus de différence entre le beau-père et le gendre. Il nous consultoit tous deux sur les ordres importants qu’il reoevoit de la cour, et quelquefois il arrivoit que mon opinion prévaloit sur celle de don Juan, qui, loin de s'en montrer jaloux, en paroissoit charmé.

Le comte faisoit grand cas de nos avis , mais il ne les suivoit pas toujours; et quand il s’étoit mis une chose en tête, nous ne pouvions, ni l'un ni l’autre, le détourner de son dessein. I! faut que je rapporte un trait de son opiniâtreté, par lequel on pourra connoître quel homme c’étoit que ce seigneur. Il apprit un jour que dans la province de Méchoacan il y avoit trois frères gentilshommes indiens, qui demeuroient sur le bord d’une rivière dans laquelle il se trouvoit de l'or en quelques endroits qu'ils n’ignoroient pas, puisqu’on savoit qu'ils avoient trafiqué de la poudre d’or avec un marchand de Se ville. Le comte de Gelves, prompt à saisir les occasions d’augmenter ses richesses, envoya dans le pays de Méchoacan des soldats espagnols, avec ordre d’enlever ces trois frères et de les amener à Mexico; ce qui fut exécuté avec autant d’exactitude que de diligence. On mil les Indiens dans la prison du

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