CHAPITRE LX XI II
a-t-il reçu, me dit-il.’ Dans (|iu*ls sentiments le croyezvous pour moi? il m’a fait un accueil gracieux, répondis-je a son excellence, et, autant qu’on peut deviner ce que pense le premier ministre, ii m’a paru plein d estime et d amitié pour vous. Je vous dirai meme
que je 1 ai entendu laire votre éloge dans des termes
I anl pis, interrompit le vice-roi avec précipitation. Cela ni est suspect, aussi-bien que la lettre que vous m'avez remise de sa part. Celte lettre est trop flatteuse pour que je n en doive pas être alarmé. Je ne sais, mais je pressens qu il veut mettre à ma place le marquis de Serralvo, et je 11e crois pas être prévenu d'un faux pressentiment. Vous vous trompez peut-être, lui dis-je, le due songe plutôt a prolonger votre gouvernement. Je n oserois, répondit-il avec un soupir qui lui échappa, je 11 oserois me flatter de celte espérance. Je ne m’attends plus qu à recevoir des ordres qui me rappellent à la cour.
En effet, trois mois après il arriva un courrier de Madrid qui remit au comte de Gelves un paquet de la part du duc d Olivaies. Ce premier ministre lui mandoit que sa majesté, souhaitant de l’avoir près de sa personne, lui deslinoit une des premières charges de sa maison, et qu’elle venoil de nommer le marquis de Serralvo à la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne. Le comte de Gelves, perdant alors toute espérance d’être continué dans son poste, prit son parti de bonne grâce. 11 ne songea plus qu'à s’en retourner à Madrid avec toutes ses richesses, et qu’à faire les préparatifs de son départ. De notre côté nous nous disposâmes, Salzedo et moi, à le suivre avec nos petits effets, qui valoient
LE BACHELIER DE SALAMANQUE, bien deux cent mille écus. Jugez par-là de ce que son excellence pouvoit emporter. Enfin nous partîmes de Mexico, et 1 on peut dire cpie ce jour-là nous donnâmes aux Américains un spectacle qui exerça bien leur médisance. Ees railleurs, eu voyant defiler près de cent mulets chargés de ballots, s’égayèrent un peu à nos dépens, et nous, a bon compte, nous nous rendîmes avec leurs espèces à la Vera-Cruz.
Nous attendîmes dans cette ville 1 arrivée du nouveau vice-roi, pour nous embarquer sur le même vaisseau qui devoit l’apporter. Ce seigneur ne fut pas longtemps sans paroitre. D abord qu il fut débarqué , le comte et lui s’abouchèrent ensemble, ils eurent pendant deux jours des conférences sur la situation des affaires de la Nouvelle-Espagne; après quoi ils se séparèrent avec plus de politesse que d’amitié, l'un s’en allant fort maigre a Mexico, et l’autre s en retournant fort gras à Madrid.