‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 211 sur 236 · CHAPITRE T. XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE T. XXIV

fois, la rencontre eût été bonne pour lui; mais nous eûmes le bonheur de commencer et. d'achever notre navigation sans voir aucun navire de mauvais aueure.

T tant arrivés à Cadix , nous ne nous y arrêtâmes qu'autant de temps qu d nous en fallut pour nous mettre en état de prendre le chemin de Madrid, où nous nous rendîmes a petites journées. Nous allâmes descendre à 1 hôtel de Gelves, dans la place de la Servada, près de 1 église de Notre-Dame de la Paix. Ce n’est pas le plus bel hôtel de la ville; mais il est commode, et nous nous y trouvâmes mieux logés que nous ne l’avions été chez les cordeliers de Mexico.

Dès le lendemain du jour de notre arrivée , le comte alla voir le premier ministre, qui le reçut avec distinction. il le (il entrer dans son cabinet, où 1 embrassant d'un air qui marquoit beaucoup d’estime et d’affection : A ous croyez sans doute, lui dit-il, que c’est moi qui ai voulu mettre a votre place le marquis de Serralvo; mais apprenez (pie vous êtes dans l’erreur. Si vous n avez pas été continué dans votre poste, vous ne devez vous en prendre qu'à vous; c’est votre faute. Tout le conseil unanimement n a pas moins blâme votre conduite (pie celle de 1 archevêque; et, comme ce prélat a etc puni, on a pigé a propos de vous punir aussi pour contenter les Mexicains, qui ont sur le cœur l’affaire du sel.

Je liai point osé, poursuivit le duc, entreprendre de vous justifier; loin d’y réussir, j’aurois révolté le conseil contre vous en cherchant a vous excuser. Mais si je n ai pu faire prolonger votre gouvernement, j'ai du moins obtenu pour vous l’agrément du roi pour la

■i~o LE BACHELIER DE SALAMANQUE, charge de grand écuyer; ce qui doit vous consoler d avoir perdu une place que 'vous n’avez pas infructueusement remplie pendant cinq bonnes années. Le comte de Gelves, tout déliant qu’il étoit naturellement, crut le ministre sur sa parole; et, s’imaginant n’avoir que des grâces à lui rendre, il lui voua un éternel attachement, et devint un de ses meilleurs amis.

Le duc le mena chez le roi, auquel il dit en le lui présentant : Sire, voici un de vos plus zélés serviteurs, et de tous vos vice-rois celui qui peut-être a le mieux su laire respecter votre autorité royale dans les Indes. Il vient remercier votre majesté de l'avoir honoré de la charge de grand écuyer, de laquelle il est d’autant plus satisfait, qu elle lui procurera le bonheur de voir tous les jours son maître. Le jeune monarque fit au comte de (doives une réception des plus gracieuses; et, comme il étoit fort curieux, il ne manqua pas de lui faire plusieurs questions sur les Mexicains, et, entre autres, celle que je vais rapporter. Comte, lui dit-il. esL-il possible q^ parmi les Indiennes il s’en trouve d’assez piquantes pour mériter les regards des hommes d’Europe ? Notre vice-roi rougit à cette question , croyant que le prince la lui faisoit par malice, et pour lui reprocher son goût pour les négresses. Sire, lui réponditil un peu troublé, on en voit quelques-unes qu’on peut envisager sans horreur; niais, après tout, la plus jolie ne laisse pas d’être un objet desagréable (lourdes yeux accoutumés à la beauté des dames de Madrid. Si la comtesse de Gelves eût entendu son époux parler ainsi , je crois qu’elle n auroit pas répondu de sa sincérité.

Le comte de Gelves ayant pris possession de la charge

Page 1