‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 224 sur 236 · CHAPITRE L XXV III · texte numérisé non relu

CHAPITRE L XXV III

défends pas; mais I objet de mon amour n’esl pas d’une naissance à me faire rougir des sentiments qu'il m’a inspires. Si vous voulez que je vous apprenne quelle

est sa famille . Je vous en dispense, interrompit le

peie pour la seconde fois : je ne suis pas curieux de connoître cette dame, et je vous ordonne d’y renoncer. Je 11e veux pour belle-fille que celle qui m’est offerte par le ministre; et sachez que c’est une personne qui joint a la jeunesse et à la beauté une noble origine et de grands biens. Allez, ajouta-t-il, allez consulter làdessus don Chérubin de la Honda, votre gouverneur; je suis persuadé que ses conseils seront conformes à mes intentions.

Le jeune seigneur sortit à l’instant du cabinet sans répliquer; mais au lieu de me venir chercher, il jugea plus à propos d’aller trouver Toston. Il lui apprit la violence que son père prétendoit faire à ses sentiments; et après setre plaint de cette tyrannie : Mon ami, dit-il à ce confident, que faut-il que je fasse pour me conserver à Léonore ? Comment me tirer de cet embarras ? Monsieur, lui répondit Toston, la chose n'est pas facile. Monseigneur votre père, comme vous savez, est diablement opiniâtre : il a résolu que vous épousiez la personne proposée par le ministre; il n’en démordra point. Mais il n'est pas encore temps de nous désespérer. Employons auparavant la ruse. Feignez, paroissez consentir à ce mariage, pendant que j imaginerai quelque expédient pour le rompre. Ab! Toston, s’écria don Alexis à ces paroles, qui sembloient flatter sou amour de quelque espérance, si tu peux en venir à bout, d n y a rien que tu 11e doives attendre de 111a reconnois-

4°4 LE BACHELIER DE SALAMANQUE, sance. Courons, volons au rendez-vous, poursuivit-il; je veux informer Léonore du malheur qui nous menace, 1 assurer que je mettrai tout en usage pour le détourner, et lui renouveler enfin le serment que je lui ai fait de n’être jamais qu’à elle.

Ils retournèrent tous deux au jardin , où Léonore et sa suivante s’entretenoient, en les attendant, des bonnes qualités de don Alexis. Blandine, qui les connoissoit. mieux que personne, élevoit jusqu’aux nues ce jeune seigneur. Les amants gagnèrent un cabinet de verdure où ils avoient passé la nuit précédente , et les époux se retirèrent dans un autre endroit, où Toston dit d’abord a Blandine : Mon enfant, la vie est une succession continuelle de bien, de mal, de joie et de chagrin. Hier au soir, par exemple, nous vînmes ici gais comme des pinsons ; nous y venons aujourd'hui plus tristes que des hibous ! Hé! quel sujet de tristesse pouvez-vous avoir, lui dit sa femme ? Vous auroit-on annoncé quelque mauvaise nouvelle ? La plus cruelle que nous puissions apprendre, répliqua-t-il : on veut séparer pour jamais don Alexis et Léonore. En même temps il lui raconta ce qui venoit de se passer entre le comte de Gelves et son fils.

Blandine fut pénétrée de douleur à ce récit. Vous avez bien raison, dit-elle à son mari; vous avez bien raison de vous affliger : rien n’est plus mortifiant que ce que vous dites. Malheureuse Léonore , continua-t-elle en apostrophant sa maîtresse, quel coup de foudre pour vous! Mais est-il donc impossible de le parer? Toston, qui a de l’adresse et de l’esprit, ne fera- 1- il aucune tentative pour préserver nos amants du sort affreux qu’on leur prépare? Pardonnez - moi , répondit-il : je

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