‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 225 sur 236 · CHAPITRE LXXVIII. 4of · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVIII. 4of

cherche clans ma tète quelque moyen de le provenir; mais je vous avouerai qu'il ne me vient point là-dessus d idee qui me contente. 11 s’en offre une en ce moment a mon esprit, reprit la créole, et je ne crois pas qu’elle soit a rejeter : vous n ignorez pas que la comtesse aime tendrement son (ils; pensez-vous qu’il n’y ait rien à faire de ce côté-là 3 Tou tau contraire vraiment, s’écria Toston, j épouse cette idée. J’irai demain au lever de la comtesse; je lui demanderai une audience particulière : je lui exposerai pathétiquement la situation de don Alexis, < t peut-être I attendrirai-je de façon qu elle s’intéressera

pour Léonore et pour lui.

Pendant que les confidents tenoient de pareils discours, les deux amants se promettoient, se juroient un amour à l'épreuve de tous les obstacles que la fortune pourroit faire naître pour le traverser. Ils se quittaient 1 un 1 autre dans ces sentiments. Le jeune seigneur reprit le chemin de son hôtel avec Toston, qui lui dit le desseinoù il étoit d’essayer si par son éloquence il ne pourroit point engager la comtesse, sa mère, àprotéger son amour. J’approuve ton projet, lui dit don Alexis, et, pour le rendre plus efficace, je prétends t’accompagner. Je me jeterai aux jiiecls de ma mère, et j’embrasserai ses genoux tandis que tu plaideras pour moi : je suis assuré que nous la gagnerons.

Dans cette ojnnion, ils se déterminèrent à faire cette démarche, et ils la firent effectivement le lendemain matin. Ln voici le détail et le succès. La comtesse de

Gelvesetoit a sa toilette. Sitôt qu elle aperçut don Alexis et son confident, elle fit sortir toutes ses femmes; et d’abord adressant la parole à Toston : Mon ami, lui dit-

4 le BACHELIER DE SALAMANQUE, elle, clans quelle disposition vient ici mon fils? A-t-il encore de la répugnance à lier sa destinée à celle d’une aimable personne qui lui est offerte par le premier ministre. Madame, lui répondit Toston, mon maître vous a voue une aveugle obéissance : il est prêt à faire tout ce que vous lui ordonnerez ; mais, si vous lui faites épouser la dame qu on lui propose, vous pouvez compter que vous perdez votre fils unique. Oui, ma mère, dit alors don Alexis en se prosternant devant elle et baisant une de ses mains, Toston vous dit la vérité : si vous me donnez une femme malgré moi, je suis mort. Chose étrange, s ecria la comtesse! Peut-on se laisser prévenir jusque-là contre une personne que l'on n’a jamais vue! Attendez qu’on vous ait fait voir la dame dont il est question, et, si vous la trouvez désagréable, je suis assez bonne mère pour m'opposer à une union contraire à votre repos, quoique chez nos pareils la figure ne fasse guère rompre de mariages. Mais, ajouta-t-elle, si je m en rapporte au portrait qu'on m’a fait de cette dame , c est une beauté. Fut-elle plus charmante que Vénus, dit Toston, Madame, s’il vous plaît, ne nous en parlez pas davantage. L amour a prévenu le ministre, en présentai! ta nos yeux une espèce de déesse dont nous sommes enchantés.

1 1 faut en effet, reprit la comtesse, qu’elle soit pourvue d’une beauté bien rare pour avoir fait sur vous une si forte impression. Sa naissance répond-elle à ses charmes? de ce côté-là, je crains qu’elle n’ait sujet de se plaindre de la nature. Oh! que non, Madame, repartit Toston : c’est une fille de qualité. Léonore de Pedrera doit le jour à un gentilhomme d’Antequerre ,

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