CHAPITRE IX
déjà la dame que trop aimable, en devint éperdument amoureux. Au lieu de fuir cette dame insensée, j’eus la foiblesse de me prêter à toutes ses folies. Adieu ma raison. Voilà monsieur le bachelier de Salamanque changé en chevalier errant. Nous commençâmes, la marquise et moi, à nous parler en héros romanesques. J’empruntai le style du chevalier du Soleil, et elle celui de la princesse Lindabrides. Nous avions Ions les jours des entretiens sur le haut ton; mais il arrivoit quelquefois par malheur que l'héroïne devenoit un peu trop tendre, et le héros trop passionné.
Tandis que je vivoischez la marquise comme Renaud dans le palais d’Armide, j’appris une nouvelle qui détruisit mon enchantement : 011 me dit que le capitaine Torbellino, époux de ma princesse, étoit sur le point d’arriver de Lombardie , et l’on m’avertit en même temps que c’étoit un homme violent et jaloux. Pour éviter toute discussion, et n’aimant point les combats singuliers, quoique chevalier errant, je pris la sage résolution de m’éloigner de Tolède; ce que je fis avec d’autant plus de raison, qu’il y avoit au logis un vieux domestique tout dévoué à son maître, et (pii, par les rapports qu’il pouvoit lui faire, m’auroit exposé à devenir la victime du ressentiment du mari, après avoir été le martyr du tempérament de la femme.