CHAPITRE X
tillo et moi nous nous séparâmes également satisfaits l'un de l'autre.
Peu de temps après je quittai le séjour de Cuenea, sur un avis qui me (ut donné, et que je ne crois pas devoir passer sous silence. Un jour que je marchois en rêvant dans la rue, je me sentis frapper doucement sur l'épaule. Je tournai aussitôt la tête, et j’aperçus un homme que je reconnus pour un des deux braves qui m'avoient conduit de Madrid à Léganez. Je frémis à la vue de cet oiseau de mauvais augure, et je lui dis avec émotion : Comment donc, seigneur spadassin, serois-je encore assez malheureux pour vous avoir à mes trousses? Est-ce que je n'ai pas gardé mon ban? Pardonnez-moi, me répondit-il en riant, vous êtes un homme de parole, et nous n’avons plus aucune affaire a démêler ensemble. Je vous déclare même que vous pouvez retourner à Madrid si vous le souhaitez.
Je vous entends, lui répliquai-je, doua Louise est morte, apparemment? Non, repartit le brave, elle est encore vivante, et vous pouvez renouer avec elle si le cœur vous en dit ; nous ne vous en empêcherons pas. Je vais vous en apprendre la raison : c’est que notre troupe s est separee a 1 occasion d un different survenu entre deux de nos messieurs pour l’amour de la (iitamlla, de cette petite brune avec laquelle vous avez soupé un soir, et qui vous a paru si jolie. Ils se sont battus en duel pour savoir qui des deux la posséderoit seul, et ils ont eu le malheur de s’enfiler l’un l'autre. Cet événement a donné lieu à une séparation généiaie, et chacun de nous s'est retiré où il a voulu.
Cette nouvelle me causa une joie infinie; et je ne
Le Bachelier. ,
5o LE BACHELIER DE SALAMANQUE,
manquai pas de reprendre bientôt le chemin de Madrid, ayant d’autant plus d’envie de revoir cette vdle, qu’il m’avoit été défendu, sous peine de la vie, d’y remettre le pied.