‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 36 sur 236 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

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m'en parler depuis ce temps-là , j’ignore s'il est toujours dans le meme sentiment. Ne manquez; pas, ajouta-t-il, île lui mander ce que je viens de vous dire, et de l’assurer i)iie, s il veut une bru de ma main, je lui en destine une qui est assez riche, assez belle et assez noble poui mériter d’avoir un beau-père tel que lui.

A ce discours, le comte d Urenna, jugeant bien qu Isabelle étoit la bru dont il s’agissoit, lit paroitre sur son visage une joie que le duc d’Uzède ne remarqua pas sans plaisir. Ce ministre toutefois ne fit pas semblant de s’en apercevoir, et dit à don Juan : Envoyez donc en diligence un exprès à Naples, et la réponse que vous fera le vice-roi décidera de votre mariage. Le comte pour marquer au duc d’Uzède l'impatience qu’il avoit d'être son gendre, prit aussitôt congé de son excellence, en lui disant qu’il alloit écrire à son père; et sur-lechamp il se rendit chez don J uande Salzedo , qu’il aimoit comme un ancien serviteur de sa maison, et sans le conseil duquel il ne faisoit rien. Il lui fit part de la conversation qu'il venoit d’avoir avec le ministre, et lui dit ensuite : Je ne sais qui je dois envoyer à Naples : j’aurois besoin d’un homme d’esprit et de confiance, qui put informer mon père de mille choses secrètes que je n’oserois lui écrire.

Alors Salzedo, songeant à moi, et croyant me procurer une bonne aubaine, me proposa comme une personne fort propre à s’acquitter de cette commission, et dont il répondoit. Là-dessus le comte, s’étant déterminé à se servir de moi, voulut m’entretenir. J’eus avec lui une conférence particulière, dans laquelle il me dit toutes les choses qu’il désiroit que sou père apprît.

Enfin, après avoir reçu de ce jeune seigneur de 1res amples instructions, et deux paquets, l’un pour le duc, et l'autre pour la duchesse d’Ossone, avec une bourse de deux cents pistoles, je me disposai à partir pour l’Italie. Mais avant mon départ j'allai prendre congé du secrétaire Salzedo, qui me dit en m’embrassant avec affection : Allez, mon cher don Chérubin, je suis ravi que vous fassiez ce voyage; il vous en reviendra de bonnes pistoles, et Lavinci videbis littora. Je partis donc de Madrid; et, suivant de près un courrier que la cour envoyoit par terre à Naples, j'y arrivai presque en même temps que lui.

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