‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 35 sur 236 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

(le m 'attirer l'ainitié de don Juan de Salzedo, premier secrétaire du duc d'Uzède. Ce don Juan ne inanquoit pas d’esprit; mais il avoit le défaut d'aimer trop le latin, et de citer à tout propos des passages d Horace, d'Ovide ou de Pétrone. Toutes les fois qu’il me voyoit il me parloit en latin, et je lui répondois dans la même langue, pour m’accommoder à son foible. Je le charmai par là; ce qui prouve bien que pour plaire aux hommes il n'y a qu à se prêter à leurs inclinations. Don Chérubin, me dit-il un jour, je vous aime, et quand je trouverai l'occasion de vous en donner des marques, je la saisirai lubenti anirno. Le hasard voulut qu’elle s'offrit bientôt : mais il faut dire avant ce qui la fit naître.

Un soir qu'il y avoit bal chez la duchesse d’Uzède, à son hôtel de la grande place, oîi se font les courses et les combats de taureaux , il me prit envie d’y aller. Je vis un grand nombre de seigneurs et des plus belles dames de la cour. On eût dit qu’on avoit choisi les personnes les plus aimables de la monarchie pour en former une si charmante assemblée.

Avant que le bal commençât, les femmes se disputèrent les regards des hommes; mais sitôt qu’on vit danser doua Isabelle de Sandoval, fille unique du duc d Uzède,il n’v eut plus d’œillades que pour elle : chacun admira ses grâces, son air noble et majestueux, la douceur de ses plies, la liaison de sa tête avec son corps et ses bras, et la finesse de son oreille : aussi, d’abord qu’elle eut achevé de danser, toute la salle retentit du bruit des applaudissements qu’elle reçut. 1.11e est inimitable, s ccrioit un marquis! Que ne paroît-il sur nos théâtre.»

54 LE BACHELIER DE SALAMANQUE, une pareille danseuse! j’en voudrois prendre soin à quelque prix que ce fût. Je la prierais de me ruiner, disoit un comte. Je lui demanderois la préférence, disoit un duc. En un mot, tous les seigneurs furent enchantés de cette nouvelle Terpsichore, et je n’en fus pas moins frappé qu’eux.

On juge bien qu’une si riche et si noble héritière ne manquoit point d’adorateurs. Parmi ceux qui aspiroient à l’honneur de l’épouser, aucun n’étoit plus en droit de se flatter de cette espérance que don Juan Telles Giron, comte d’Urenna, fils unique du duc d’Ossone, et le plus digne de posséder Isabelle. Ce jeune seigneur exerçoit à la cour la charge de gentilhomme de la chambre du roi pour son père, qui étoit alors à Naples, dont il avoit le gouvernement.

Tandis que les amants de la fille du duc d’Uzède s’efforçoient par leurs soins de se supplanter les uns les autres, ce ministre envoya chercher le comte, et lui dit : Don Juan, vous savez l’étroite amitié qui nous lie, le duc votre père et moi, et l'intérêt que je prends aux affaires de votre maison; j’ai jugé à propos de vous entretenir en particulier, pour vous représenter que vous devez profiter du temps pendant que la fortune vous rit. Le duc d’Ossone a plus d’envieux et d’ennemis que jamais : ils travaillent sans relâche à le perdre, ils peuvent en venir à bout. 11 faut, tandis que son crédit dure, songer à vous établir: vous êtes en âge de vous marier, et de posséder même de grands emplois. Il y a un an, poursuivit-il, que votre père m’écrivit pour me prier de vous chercher une femme. Je lui répondis (lu’elle étoit toute trouvée; mais comme il a cessé de

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