‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 38 sur 236 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

d'autant plus agréables, qu’elles me sont apportées par un secrétaire même du duc d’Uzède. Mais dites-moi, je vous prie, continua-t-il, si la fille de ce ministre est d'un mérite aussi rare que mon (ils me le mande? Je me défie un peu des portraits que les amants font de leurs maîtresses. Monseigneur, lui répondis-je, avec quelques couleurs que monsieur le comte ait pu vous peindre Isabelle de Sandoval , la copie ne saurait être qu au-dessous de l’original. En un mot, quelque image charmante que vous vous fassiez de cette dame, votre imagination ne peut vous tromper : représentez-vous une personne de quinze ans, qui joint à une beauté parfaite un esprit vif et un jugement solide, cette idée ne renfermera qu’une partie des belles qualités d Isabelle. Il est vrai qu’elle n’a pas l’humeur sérieuse et la gravité qu’ont ordinairement les dames espagnoles; mais ce défaut, qui n’en est un qu’en Espagne, trouvera grâce auprès de votre excellence. Vous avez raison, interrompit le duc en souriant, tout Espagnol que je suis, je préférerai toujours un naturel enjoué à un caractère grave.

Dans cet endroit de notre conversation, la duchesse d’Ossone, ayant su qu'il éloit arrivé un courrier dépêché par don Juan Tellés, entra dans le cabinet, fort impatiente d’apprendre des nouvelles de ce cher fils. Madame, lui dit son époux , il se présente un parti très avantageux pour le comte d’Urenna : le duc d’Uzède veut bien le recevoir pour gendre, préférablement à plusieurs seigneurs qui recherchent Isabelle, sa fille unique. Je remis aussitôt à la vice-reine le paquet dont j elois chargé pour elle, et qui ne contenoit que les

mêmes choses qui étoient dans l’autre. Lorsqu’elle en eut fait la lecture, ils commencèrent tous deux à délibérer, non s’ils consenti roient à ce mariage, mais sur ce qu ils avoient à faire dans cette occasion. Ils résolurent de me renvoyer à Madrid dès le lendemain, pour témoigner au duc et à la duchesse d’Uzède l’empressement qu’ils avoient d’allier la maison de Giron à celle de Sandoval; il fut aussi arrête entre eux qu'ils écriroient au duc de Lerme et à dona Isabelle.

Us passèrent la journée à faire leurs dépêches; et, comme don Juan mandoit à son père que je pourrois l’instruire de plusieurs particularités dont il étoit bien aise de l’informer, j’eus le soir avec son excellence un entretien plus long que le premier. Faites-moi, me dit-il, un rapport fidèle de tout ce que le comte, mon fds, vous a chargé de m’apprendre. Vous m’allez parler sans doute de la dernière lettre que j’ai écrite au roi; vous m’allez dire qu’elle a révolté la plupart des grands. Justement, Monseigneur, lui répondis-je, c’est par là que je vais commencer. En proposant de rendre les charges vénales en Espagne, vous avez soulevé contre vous le conseil, lequel, étant composé de seigneurs intéressés à rejeter cette proposition , n’a eu garde de l’accepter. Ce qu’il y a de plus fâcheux, ajoutai-je, c’est que ces seigneurs ne se contentent pas de s’opposer à la vénalité des charges; ils éclatent en murmures, et, par de secrètes pratiques, s’efforcent de vous faire passer pour ennemi de la nation. Ils sont même secondes par des seigneurs napolitains, qui, d’accord avec eux, écrivent continuellement à la cour des lettres qui tendent à vous rendre suspect.

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