‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 52 sur 236 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

m’engager à lui conter mes affaires, elle me fit conli-, dence des siennes; et j'eus tout lieu de juger par son récit qu’elle n’avoit pas toujours rencontré des filles sous (les habits de garçon. La franchise de Juanilla excita la mienne, .le lui lis un détail fidèle de mon enlèvement, et lui appris pourquoi je m’étois séparée de mon ravisseur. Elle me loua d’avoir eu la force de m éloigner de ce lâche et perfide suborneur; ensuite elle me conseilla de cesser de me travestir, afin, ajoutat-elle en souriant, que d’autres filles n’y soient point attrapées.

Je n'ai pas, lui dis- je, une autre intention que celle de me mettre auprès de quelque dame de qualité; et je suis en état d acheter des habits de fille, en me défaisant d'un gros brillant que je tiens de don Gregorio. Gardez votre diamant, interrompit Juanilla, et me laissez suivre une idée qui me vient. Je suis connue, et j’ose dire aimée, d’une riche et vertueuse dame qui fait son séjour à Origuela depuis la mort de son mari, qui étoit gouverneur de Majorque. Je ne veux que l’entretenir de vous un moment, et je ne doute pas qu’elle ne veuille vous avoir.

Je laissai agir Juanilla, qui me dit dès le jour suivant : J ai parlé à la comtesse de Saint-Agni; et, sur le portrait que je lui ai fait de vous, cette dame a témoigné qu elle seroit bien aise de vous avoir. Je lui ai, à la vérité, raconté votre infortune; pardonnez-moi cette indiscrétion, je ne vous en ai que mieux servie. La comtesse est la meilleure femme que j’aie jamais connue: une jeune fille qui a été séduite lui paroît plus digne de pitié que de mépris. En un mot, elle compatit Bachelier.

à votre malheur, cl n impute votre faute c{u au traître qui vous l a fait commettre.

Vous êtes doue à madame de Saint-Agni, continua la lille de l'hôtesse. Allez la trouver tout à l’heure; elle veut vous voir en page, après quoi elle vous fera donner un autre habillement. Je remercai Juanilla du service quelle m’avoit rendu, et m'étant fait enseigner la demeure de la comtesse, je m’y transportai sur-lechamp.

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